Saint-Jean de Passy
Rififi à Saint Jean de Passy

Maître-chanteneur, les Plaignants, la Bourgeoise et le Pusillanime

Une riche Bourgeoise fière de plaire alentours,

Régnait dans son village comme roi en sa cour

Un beau jour de printemps, voilà bien plus d’un an,

Un homme lui tint tête, des choix était garant,

En férié travailler elle ne l’imaginait,

Ni charme ni place permirent de s’imposer.

Cet homme avait commis l’irréparable erreur,

La bourgeoise devint ennemie à toute heure.

Allant voir ses sujets, elle soumit à leurs voies :

« Mes amis, voulez-vous travailler davantage ?

Préférez-vous Paris ou aller à la plage ? »

Elle vint pour présenter l’édit de ses scrutins

Assurer son pouvoir et reprendre la main.

Mais l’homme n’était pas des plus accommodant

Il lisait dans son jeu, ses cartes les voyant.

Son aura disparue, son charme sans effet,

Elle partit en conquête pour trouver les épées,

Elle commença visites et grandes ambassades

Cherchant dans tous les lieux, et ce, en dérobade,

Alliés et mercenaires qui mèneraient combat

En évitant bien sûr l’esprit de vendetta,

Elle chantait les louanges de la belle mission,

Tout en œuvrant tout bas pour briser le champion.

L’homme était selon elle un ange et un démon,

Elle justifia la guerre pour tuer le second.

Un seul homme pouvait achever le travail,

Lui seul avait le droit de tuer la valetaille :

C’était Pusillanime, il écouterait sa voix,

Le voilà entreprit il devra faire un choix

Écoutant la Bourgeoise narrer ses grandes craintes :

« Si vous n’agissez pas, considérant leurs plaintes,

craignez d’être engeolé vous êtes mandataire,

Et si la jacquerie enflait dans la volière

Vous perdrez derechef votre honneur et vos droits »

Pusillanime prit peur, il protégea son toit.

La route des saints-pères était un abri sûr

Pour qui voulait se plaindre et demander censure,

Il en prit le chemin pour abriter son âme

Au bras de sa consœur qui sait jouer à la dame.

C’est Maître-chanteneur, qui l’accueille prestement

Il l’écoute tel un loup que l’on prie sournoisement

De débusquer la bête troublant de bêlements

L’ensemble du royaume qui chante harmonieusement.

La Bourgeoise était là toute fardée de gris

Pour feindre la douleur de se plaindre d’amis,

Le maitre remercia ses zélés visiteurs :

« Tout est bien mes amis, je suis un protecteur ! »

 

Audiences et entretiens reprirent de plus belle

La Bourgeoise s’agitait, on ne voyait plus qu’elle !

Suscitant les plaignants pour trouver les souffrances

Et préparant bien vite cahiers de doléances :

« Un chef ne peut pas vous traiter de la sorte,

Rapprochez-vous de nous et plaignez-vous plus fort !

Nous trouverons bien vite le gibet et la corde

Pour libérer le peuple et servir la concorde. »

Alors que les victimes accouraient au sommet,

Pusillanime tremblait de se voir condamné.

Le Maître-chanteneur, souriant et rusé,

N’avait jamais caché tout au long des années

Que l’homme était dangereux, qu’il serait exilé.

Il exigeait que tous soient de fidèles roués.

C’est au cœur de l’hiver, enivré de sa haine,

Promettant aux plaignants de défaire leurs chaines,

Qu’il acheta chèrement les services mercenaires

De magiciens fidèles aux causes des saints-pères.

Les témoins au procès commençaient d’affluer,

Foi de Pusillanime : « On cherche en vérité ! »

 

Le témoignage cruel du plus grand des menteurs

S’accompagna bien vite du pauvre sénateur,

L’orgueilleux général ne savait point cacher

Son incapacité à se subordonner,

Quand une autre affective rêvant d’être l’élue

Cherchait de toute part à traverser la rue.

C’est ainsi qu’en un mot ils purent jeter l’opprobre

Tout en jurant pourtant qu’ils étaient restés sobres.

 

Mais tout à coup tomba, sur la France affolée,

L’aubaine du virus pour tous nous confiner

Confinés en un jour et tous dispersés,

Le temps était venu pour sonner la curée,

Urgence déclarée par Maitre-chanteneur,

Pusillanime compris que tout était dans l’heure.

Par missive envoyée au logis du méchant

Le voilà mis à pied en plein confinement.

Un huissier mandaté annonça la sentence,

L’impétrant réveillé resta en sidérence.

Apprenant que leur chef était mis à l’écart

Les villageois émus par tout ce tintamarre

Écrivirent mécontents aux juges du moment

Ils chantèrent des louanges mais craignaient un dément :

« Est-ce là un criminel ? Sont-ils précautionneux ?

À moins d’un dissident d’un système trop vieux ? »

 

C’est grâce à la rumeur des manœuvres bourgeoises

Aux sourires ironiques des plaignants rabat-joie

Que la colère devint en quelques jours seulement

Un spectacle grandiose et tellement éloquent

Les soutiens affluèrent pour défendre l’honneur

Et collectivement on entendit partout « objection votre honneur »

Les gazettes se mirent à publier en chœur

L’inique procédure des vils procureurs

Pusillanime se terre au fond de sa province

Espérant confiner la rage de gens qui grincent

Mais arrive le temps, il faut se prononcer

Sans honte et sans trembler

La sentence finale, condamné à l’exil.

Mais le bras du bourreau se fait lourd et pesant

Les discussions trop longues le doute dévoilant

Les consciences vacillent en quête d’une sortie

Le camp Pusillanime n’a plus aucun crédit

« Nous ne voterons pas, le peuple est là qui gronde,

Il ne lâchera pas, mais pourquoi cette fronde ? »

Que faire alors maintenant du condamné à mort

Ils sont las de ces bruits et n’y voient point leurs tords.

L’épiscope annonça dans un communiqué,

Qu’il fallait en tout point rechercher l’unité,

Sommé de cheminer pour le bien du village

Le Maitre-chanteneur a changé de visage,

Il panse la blessure d’un violent coup de crosse

En priant que les loges l’épargnent de la fosse.

Pusillanime assume en pompier pyromane

Le jeu de la Bourgeoise qui fut sa courtisane.

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