L’insoutenable humilité du vote

À l’heure de la médiatisation à outrance, du nivellement des paroles, ils sont de plus en plus nombreux, ceux qui pensent que leurs avis sont importants. Dans ce contexte, voter ne paraît plus être considéré, comme une voix qui s’entend ou qui compte. La participation à ces municipales a été faible, le coronavirus a bien sûr joué son rôle, mais certainement en large partie, comme une excuse et non, comme une raison.

L’assesseur vient de dire “a voté”, nous sommes réduits à notre plus simple expression, un nom, une carte d’identité et un bulletin. Ce papier similaire aux autres, rejoint une urne tout à fait banale. En pleine crise existentielle, que nos réseaux sociaux nous affligent, cela paraît inconcevable. Je donne un avis, je prends parti, le moment est presque historique et tout cela dans une indifférence générale. A la sortie de l’isoloir ou du bureau de vote, il n’y a plus qu’à renter chez soi. Personne pour recueillir les impressions, ce que l’on ressent, rien ! On reste seul avec soi-même, une sorte de selphie dans le vide.

Bien sûr, il y a bien des discussions convenues entre amis, mais à l’heure où chacun peut s’adresser au monde, cela semble si fade. Nous sommes habitués à dire tout sur tout, et l’on se retrouve juste à désigner lui plutôt qu’elle. C’est pourtant ce mano a mano avec soi-même, ce moment très rare, où l’on se retrouve isolé, pour faire corps avec tous, dans une même démarche, qui nous est proposée par la démocratie.

Ce moment civique est par nécessité, collectif, égalitaire, et pour cela, il est le plus stéréotypé possible. C’est un moment important, cependant, il est d’une banalité extrême. Pris tout seul, il n’est rien, c’est dans son ensemble qui prend tout son sens. Rien à voir donc avec la tendance actuelle, qui fait que l’action globale ne vaut que si elle valorise votre action et votre participation individuelle à travers les réseaux sociaux le plus souvent.

Dans ce temps d’individualisme, où les influenceurs passent avant les spécialistes, donner sa voix avant de prendre la parole apparaît bien dépassé. Ce n’est donc pas étonnant, que l’abstention gagne du terrain. A partir de là, loin de toute morale facile, chacun fait ce qu’il entend être le mieux, a condition d’assumer et garder un minimum de cohérence dans le futur.

Crédit photo : element5 digital

 

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