Remise des césars : le bal des “rebelles”

La  caméra se déplace lentement en direction d’un homme qui marche sereinement. Il se promène autour du lac de Genève. Il est habillé avec le costume militaire du Général De Gaulle. Provocation de rebelle, cet homme ressemble à Polanski, il nous explique la rébellion de Zola contre nombre de ses pairs, dans l’affaire Dreyfus. Pour montrer que l’on est à la pointe du progrès, la caméra qui a été placée sur un drone prend de la hauteur, ça ne rajoute rien à l’histoire, mais il y a un budget à dépenser, enfin à respecter. Les critiques rebelles trouveront eux-mêmes un sens à cette fuite…

Acte I

Voyons le synopsis de la suite. Tout d’abord, un cinéaste poursuivi par la justice, migre, non ! Se réfugie, non ! Il est accueilli dans un pays qui apparemment regorge de « rebelles ». A partir de là, il continue son activité de cinéaste rebelle en faisant des films. Pour cela, il trouve des producteurs “rebelles” qui n’hésitent pas à produire ses films qui rapportent de l’argent. Le dernier en date, “J’accuse” marche bien, il est accueilli lors de sa présentation en compétition officielle à la Mostra de Venise 2019. Il remporte le Lion d’argent, ainsi que le Prix FIPRESCI, qui rappelons-le, est une récompense cinématographique pour soutenir le cinéma de genre, risqué, original et personnel. Nous préconisons, pour ce passage de notre histoire une légère légèreté de ton pour accentuer la dissemblance avec la suite du récit. Il serait de bon aloi, de rajouter quelques nuages noirs qui assombrissent de plus en plus le ciel, et font comme un sombre présage pour la suite.

Acte II

C’est à partir de là, que notre scénario devient cathartique pour tous nos “rebelles”. En effet, la présentation du film à une cérémonie, présentée comme une grande fête du cinéma, vire à la catastrophe. Les présentateurs, pourtant au courant, se rebellent contre la présence de ce film dans les récompenses. Cette rébellion est accentuée par le départ médiatique de certains invités, surtout des belles et des rebelles qui marquent ainsi leur répulsion face au succès du film. Pour ce passage, les images doivent être chaotiques, avec une main devant l’objectif qui demande de ne pas filmer. Tout cela, sur fond de musique une peu criarde.

Acte III

C’est alors que la 2e catégorie de rebelles entre en scène. Les rebelles qui se rebellent contre les rebelles. Pas question, pour ces vampires avides de sang médiatique, de ne pas profiter de cette polémique. Après la “lunes de fiels” qu’a constitué cette remise des césars, les esprits libres et forts refusent le diktat de cette émotion, si féminine, il faut bien le dire. Ils refusent que l’on tire sur le pianiste et en bon “pirates”, ils dénoncent une nouvelle fois, la primauté de la bien-bien-pensance et du politiquement correct. Pour cette séquence, on voit de nombreux polémistes, qui passent sur toutes les chaînes TV pour dire qu’ils ne peuvent pas s’exprimer. Il faut dire les choses, quoi ? Ça, c’est autre chose !  

Épilogue

Épilogue envisagé : tout le monde en profite un peu pour faire parler de lui. Le film se porte bien, la polémique a fait le buzz. L’institution des césars va en profiter pour se faire un petit lifting, car l’année prochaine, elle sera au centre de toutes les attentions. Le ton de l’histoire reprend sa légère légèreté et les nuages noirs ne sont plus là. Le drone de la production peut faire un tour dans Paris, pour montrer la beauté de la capitale si chère au réalisateur du film.

Au fait, dans le film, il est question principalement de Picquart, celui qui a cherché la vérité, coûte que coûte, par devoir et sens de l’honneur. Il a refusé d’obéir à ses chefs. Il est menacé, arrêté, emprisonné, mais persiste jusqu’à ce que la vérité éclate et que Dreyfus soit libéré et réhabilité. Le voilà, notre vrai rebelle de l’histoire.

Crédit photo : christian wiediger

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