Pour éviter sa disparition, l’ENA va subir un “lifting” 

On avait bien compris, l’avenir de l’ENA ne tient qu’à un fil. Cette institution gaullienne, a notamment cristallisé une partie de la rancœur du style gilets-jaunes. Elle représente à tort ou à raison, l’élitisme, l’entre-soi et le maintien d’une nouvelle caste dirigeante. Si sa disparition a été évoquée, il semblerait que l’on se dirige plus vers une transformation. Celle-ci, engloberait d’autres grandes écoles publiques de formation des fonctionnaires et des ingénieurs de l’État.

C’est dans ce sens qu’un rapport a été remis au Premier ministre par l’ex-président de la Ligue professionnelle de football et énarque Frédéric Thiriez. Ce rapport, concerne d’ailleurs plusieurs écoles de la haute fonction publique. Celles-ci, devraient bénéficier d’une certaine marge de manœuvre pour envisager l’avenir. La réforme devrait être finalisée dans les prochains mois, et la nouvelle ENA verra le jour en 2022.

L’ENA, a pourtant longtemps fait la fierté du pays. Cette école, créée en 1945 par le général de Gaulle, a été mise en place pour démocratiser le recrutement des hauts fonctionnaires avec un concours d’accès unique. Il semblerait, que cette démocratisation ait subi une nette érosion au fil du temps. De plus, l’ENA subit les contre-coups d’une uniformisation et d’une homogénéisation dans les trajectoires de ses élèves. Ils ont le même profil, à quelques exceptions près. Ils sont issus de milieux culturellement très favorisés, ils fréquentent de grands lycées et des classes préparatoires, et ils sont rodés aux concours de grandes écoles. Ils peuvent aussi avoir les ressources pour vivre ou s’installer à Paris. Tout ceci déconnecte peu ou prou, de la situation classique des Français.

La tendance, de ne plus faire la part belle aux énarques, a déjà commencé et ses liens avec le monde politique sont clairement moins marqués selon le rapport. Les énarques ne représentent que 10 % des membres du gouvernement et 3 % des députés. Il reste, que les fils de cadres représentent toujours 70 % des promotions, constate le rapport.

Face à cela, la facilité repose en la suppression pure et simple. C’est oublier facilement les raisons de cette création, et éventuellement revenir à une situation qui n’était pas forcément meilleure. On se dirige plus vers des réformes, qui toucheraient à la fois le contenu avec plus de présence sur le terrain, et l’apparition d’un tronc commun de base à toutes les grandes écoles.

Cela permettrait de conforter une filière “Égalité des chances”, avec des classes préparatoires spécifiques pour les élèves de milieux plus modestes. La mission propose, que la future structure accueille 10 à 15 % d’élèves issus de 20 nouvelles prépas “Égalité des chances”. Ce serait aussi l’occasion de se pencher sur la présence féminine au sommet des administrations.

De même, si le rapport s’attaque à l’entrée dans ses grandes écoles, il suggère la suppression du classement de sortie. A ce sujet, Matignon précise dans un communiqué, “titularisation et avancement seront désormais conditionnés à la réalisation réussie d’un temps d’apprentissage dans le corps et de missions de terrain en administration active”.

Ce sont trois ministères, Fonction publique, Éducation, et Enseignement supérieur, qui vont devoir travailler ensemble pour mener à bien cette réforme d’ici fin avril. Certains craignent déjà le simple ravalement de façade, plutôt que la chirurgie lourde.

Crédit photo : Géraldine Deveau

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