CETA : les éleveurs redoutent l’arrivée du bœuf canadien sur le marché

Une chose est sûre, la ratification par l’Assemblée nationale du traité commercial UE-Canada, le CETA, ne fait pas que des heureux. L’inquiétude est grande, notamment chez les éleveurs bovins français. Ils craignent l’arrivée massive de viandes issues d’élevages nourris aux farines animales, ou dopés aux antibiotiques.

Cette inquiétude, n’est pas vraiment résorbée par les déclarations pourtant rassurantes du ministère de l’Agriculture. Celui-ci, explique que les farines de ruminants, qui ont été à l’origine de la maladie de la vache folle sont interdites au Canada. Cependant, il convient de préciser qu’en matière de prévention, l’Union européenne est allée plus loin que le Canada. En effet, elle a généralisé l’interdiction de ce qu’on appelle les protéines animales transformées, qui sont aussi des farines animales, mais issues de volailles et de porcs.

Des précautions plus grandes en Europe

Il semblerait selon le ministère, que si cette interdiction perdure, c’est pour des raisons d’acceptation des consommateurs, et non de sécurité sanitaire. Il s’agissait de parer au fait, que les farines de ruminants à l’origine de l’ESB et les farines de porcs et de volailles pouvaient être transportées dans les mêmes camions. Cela n’a plus lieu maintenant.

Il reste selon Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine (FNB), que l’assouplissement de la législation aurait d’abord dû être étendu à la filière européenne et donc française, avant l’ouverture du marché à d’autres pays.

Ce n’est pas tout, les éleveurs français s’inquiètent de l’utilisation outre-Atlantique d’antibiotiques, comme activateurs de croissance. A cela, le ministère fait remarquer que la mesure ne concerne pas que les échanges avec le Canada, mais bien une pratique qui touche, selon le ministère “l’ensemble des pays tiers qui fournissent l’UE en viande.

Une concurrence redoutable a cause d’un production abondante 

De toute façon, la peur des éleveurs ne se limite pas simplement à des contingences et des réglementations. Plus globalement, ils redoutent une concurrence farouche avec un pays producteur qui possède des moyens très importants. Cela pourrait avoir des conséquences économiques désastreuses pour leur filière, compte tenu des contingents de bœuf que pourront exporter les Canadiens.

Les premiers chiffres, sont pourtant rassurants, car le Ceta est déjà entré en vigueur il y a bientôt deux ans à titre provisoire, et la France a importé seulement 119 tonnes, équivalent carcasse de bovins canadiens en 2018. À l’échelle de l’Europe, selon des chiffres canadiens, le pays nord-américain n’a exporté que 1 000 tonnes de viande de bœuf, soit à peine 2 % du quota accordé par le Ceta.

Pour les éleveurs, il ne s’agit que d’une mise en condition et d’une phase d’adaptation. Avec les diminutions des droits de douane, étalées sur cinq ans, et une étude précise du marché, la proposition pourrait être bien plus importante.

“Ce qui va arriver sur le marché, c’est uniquement les morceaux nobles. Ils vont venir se positionner sur le segment le plus rémunérateur, l’aloyau”, déplore par exemple un éleveur auvergnat. Un segment de 400 000 tonnes de viande en Europe, susceptible d’être fragilisé par l’arrivée d’un contingent de 65 000 tonnes de bœuf canadien, tel que prévu par l’accord.

Crédit photo : wernerdetjen

 

 

 

 

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