Affaire Carlos Ghosn : l’enquête vise aussi des collaborateurs

Comme on dit souvent, à force de creuser, on va bien trouver quelque chose. Il était donc bien clair, que les investigations menées à la suite de l’arrestation au Japon de Carlos Ghosn, allaient déboucher sur des révélations concernant la gestion de l’Alliance Renault-Nissan. Du coup, le dossier s’attelle à faire plus de lumière sur le rôle de la société Renault Nissan BV et de hauts dirigeants du groupe français dans l’affaire Ghosn.

Le postulat de base, est de se dire qu’il est impossible, que Carlos Ghosn ait agi seul. L’enquête sur les malversations se focalise donc, sur ses proches collaborateurs, chez Nissan et chez Renault. Pour cela, les enquêteurs épluchent des centaines de mails, de factures et de contrats récupérés. Il s’agit de démonter, les nombreux montages financiers, qui auraient permis d’organiser le paiement d’une compensation complémentaire pour leur patron, par le biais de la société Renault Nissan BV.

En toile de fond de toute cette mise en place, il y avait à l’époque, la mise en application d’une nouvelle réglementation nippone un peu plus regardante. Celle-ci, obligeait le constructeur japonais, à inclure dans son rapport aux autorités boursières, les revenus de l’ensemble de ses cadres touchant, en salaires, stock-options et autres bonus, plus de 100 millions de yens par an. Il a fallu au dirigeant franco-brésilien, chercher une solution, pour échapper à cette transparence bien encombrante.

Des éléments de l’enquête, sous forme de mails entre Mouna Sepehri, l’une des plus proches collaboratrices de Carlos Ghosn et Greg Kelly, le bras droit du patron français chez Nissan, font ressortir qu’une des solutions trouvées, était la possibilité de faire payer une partie de la compensation de leur PDG par RNBV. Cependant, c’est une autre option qui sera retenue, à savoir l’organisation par Greg Kelly et Carlos Ghosn, du paiement différé par Nissan, d’une moitié des compensations du patron franco-brésilien.

C’est ce fameux montage, qui devait permettre de ne pas inscrire ces sommes dans le rapport remis aux autorités boursières japonaises, qui a justifié l’interpellation des deux protagonistes et leur première inculpation. Ils risquent désormais une seconde inculpation sur le même délit, mais sur une période différente, à compter de 2016.

Si dans la première solution, le recours à RNBV a été évoqué, ce n’est pas un hasard. La société RNBV, a déjà été utilisée, sur des dossiers sensibles, pour des missions et des paiements de rémunération théoriquement hors de ses attributions. L’enquête, a mis les projecteurs sur des donations à l’Université américaine de Beyrouth, des fonds de Nissan pour financer des projets du collège jésuite Notre-Dame de Jamhour, ainsi que l’Université Saint-Joseph, également basée dans la capitale Libanaise. Cela, peut expliquer par exemple que l’Université Saint-Joseph, a baptisé sa nouvelle bibliothèque “Carlos Ghosn Library” et que des amphithéâtres, auraient eu pour nom “Nissan”, “Renault”, “Infiniti” et “Dacia”.

Du côté de Renault, on tient à préciser que “la promotion de l’éducation est une partie importante de l’objet des fondations Renault et Nissan. RNBV était par ailleurs également en train de créer sa propre fondation charitable, en Suisse. Celle-ci, devait être capitalisée sous quelques semaines, mais le projet a été suspendu au vu des événements”.

Il faudra, plus que cela aux juges nippons, qui ont réussi à attraper un bel os, et ne sont visiblement pas près de le lâcher. Ne serait-ce que pour l’exemple…

Crédit photo : renault logo

 

Laisser un commentaire