Trop de RIC, et la démocratie raque

Au fur et à mesure, le référendum d’initiative citoyenne (RIC) s’impose dans le débat généré par les gilets jaunes. Fini, les simples revendications concernant les taxes sur l’essence, maintenant il s’agit pour ceux, qui sont sur tous les ronds-points d’intervenir dans les décisions. C’est ce que prône le “RIC” si l’on en croit ceux qui le portent.

Le RIC, permet de partager la fabrication de la loi entre les représentants élus et les citoyens. De fait, les citoyens eux-mêmes peuvent déclencher une procédure référendaire sur une loi, la Constitution, voire même de demander la révocation d’un ministre.

Ce n’est pas vraiment une nouveauté et depuis longtemps, cette idée refait périodiquement surface dans le débat français. Les périodes de crise la font ressortir en parallèle d’une défiance envers les représentants politiques qui apparaissent à tort ou à raison moins crédibles. A noter, que cette idée fait d’ailleurs partie des programmes politiques du Front national et de la France insoumise.

Comme souvent, l’idée de base est particulièrement enthousiasmante, mais la mise en place, fait ressortir quelques dilemmes, notamment son champ d’action. La logique, voudrait que l’on permette aux citoyens de prendre l’initiative sur les sujets qu’ils souhaitent. On peut alors penser à des choses relativement simples comme la révocation d’un élu, d’un ministre, l’abrogation d’une taxe sur l’essence. Les choses se compliquent si l’on aborde des sujets comme le rétablissement de la peine de mort, sortir de l’Union européenne ou l’augmentation immédiate du SMIC de 500 euros par exemple. Poussons le raisonnement plus loin, pourra-t-on défaire la constitution, la république et réclamer par exemple une dictature, ou le retour de la royauté.

Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, les lois votées par les parlementaires sont contrôlées par le juge, qui va vérifier qu’elles respectent les droits de l’homme et du citoyen, le droit à la santé, liberté d’aller et venir, liberté de la presse. En amont, les lois discutées et proposées par les élus tiennent compte de ce facteur. Par contre, il sera plus difficile de faire admettre ce contrôle et une éventuelle annulation pour des lois votées directement par le peuple. Les lois adoptées par le peuple pourraient être un moyen de contourner l’obligation de respecter les droits de l’homme.

On a trop souvent tendance à limiter la démocratie au vote au suffrage universel, elle se définit aussi par l’obligation par tous, de respecter les droits de l’homme. Le danger se situe dans l’absolutisme. En démocratie, la souveraineté ne peut pas être détenue seulement par un président, un parlement, ni par le peuple. Un souverain absolu est un despote, même si c’est le peuple ou celui qui prétend le représenter.

Il serait aussi bon de faire tomber certains masques, car nombreux sont ceux, qui derrière cette proposition de RIC ne voient qu’une manière d’imposer des idées que les élus ne veulent pas voter actuellement. On y trouve souvent les opposants de droite et de gauche à la construction européenne, les partisans du retour à certaines valeurs comme pour le mariage pour tous, les tenants d’une limitation draconienne de l’immigration et bien d’autres. Il serait illusoire de penser, que si nos votes sont influencés par des groupes de pression et le “politiquement correct” lors des élections classiques, ils ne le seraient miraculeusement pas, par d’autres groupes, en cas de vote pour un référendum.

Ce mouvement ne se limite pas à la France, en Europe, de nombreux pays ont eux aussi aménagé une sorte de RIC. Il n’est pas sûr que la Hongrie, la Pologne, la Tchécoslovaquie, en Autriche soient devenus des modèles de démocratie participative.

Cependant, restons optimiste, n’oublions pas que la Ve République, n’est pas incompatible avec l’idée du référendum. Le RIC, pourrait s’inscrire dans une révision de la Constitution, avec un mécanisme citoyen de participation, qui ne remette pas en cause l’esprit. Elle permettrait de dynamiser le système, qui en a bien besoin et puis comme dit Michel Constantin à Lino Ventura dans le film “Ne nous fâchons pas”, ça permettrait de “discuter un peu plus en position de force, et de mettre un peu le traczir” à nos élus, surtout ceux au sommet.

Crédit photo : rawpixel

 

 

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