L’armistice de 1918 : un événement historique, mais pas militaire

Le 11 novembre 1918, comme toute date particulièrement importante de l’histoire suscite son lot de commentaires et d’explications. Cependant, même 100 ans après, la signature de cet armistice recèle encore quelques particularités qui restent bien soigneusement dans l’ombre.

Tout d’abord, si vous êtes allé à Rethondes, visiter le wagon de l’armistice, vous allez voir une réplique. Le wagon original, a eu un bien funeste destin, car Hitler exige en 1940, que l’armistice marquant la revanche, et la défaite de la France soit signé sur la même table et dans le même lieu. Ensuite, le “wagon de Rethondes” part à Berlin, où il est exposé comme un trophée. Il sera finalement brûlé par les SS, sur l’ordre du Führer, en 1945.

Il faut aussi bien préciser, que le 11 novembre fut en fait, le dernier de trois autres armistices, signés par les trois grands alliés de l’Allemagne, qui ne sont pas moins importants pour d’autres pays. Il s’agit de la Bulgarie le 29 septembre à Thessalonique, l’Empire Ottoman le 30 octobre à Moudros, le port de l’Île grecque de Lemnos, l’Autriche-Hongrie le 3 novembre à la Villa Giusti, non loin de Padoue.

Enfin, celui qui vient signer cet armistice pour l’Allemagne, n’a rien d’un haut dignitaire, ni d’un haut officier de l’armée. Il s’appelle Matthias Erzberger, et c’est juste un député catholique centriste. Cela peut paraître étonnant, mais c’est loin d’être innocent, ni un détail diplomatique. Les militaires allemands, avec à leur tête Hindenburg et Ludendorff, refusent de porter une quelconque responsabilité dans la défaite. Depuis qu’ils savent, que les choses tournent mal, ils poussent l’empereur à redonner le pouvoir aux civils, dans le seul but de se dégager de ce qui va suivre et de ne pas avoir trop à répondre de leurs responsabilités.

La France aura un épisode similaire en 1940, le président du Conseil Paul Reynaud souhaite que le généralissime Weygand signe la capitulation. Or, cela attribue la responsabilité de la défaite à l’armée française, ce que Weygand et de nombreux officiers supérieurs refusent. La capitulation n’arrête pas le conflit entre la France et l’Allemagne, mais marque la reconnaissance par les militaires de la perte d’une bataille. En revanche, l’armistice attribue la responsabilité de la défaite à la classe politique. Pétain, défend cette idée, selon lui, les causes de la défaite sont politiques. Il aura gain de cause après la démission de Paul Reynaud et se servira lui aussi de cela pour accuser ses ennemis d’être les responsables de la refaite.

Revenons à l’Allemagne des années 20, l’armée va pouvoir prétendre, que la guerre n’a pas été perdue par elle et ses généraux. La responsabilité est attribuée à une trahison de l’arrière, menée en vrac par les défaitistes et notamment, les socialistes, les communistes, les députés corrompus, les révolutionnaires et même les Juifs, tous à la solde de l’ennemi. Ce scénario, sera repris par le Parti nazi. En 1921, Erzberger, devenu ministre de la nouvelle République de Weimar, est assassiné par des militaires nationalistes. En 1924, Ludendorff, revenu d’un bref exil en Suède, se fait élire député sous les couleurs du Parti nazi.

Crédit photo : Denis Boulay

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