Présidence de l’Assemblée populaire nationale algérienne : un fauteuil pour deux

Il est vrai que, “abondance de biens ne nuit pas”, mais tout de même deux présidents pour une seule assemblée, c’est un peu trop. C’est pourtant la situation, que vit l’Assemblée populaire nationale algérienne. Elle a élu un nouveau président, néanmoins le président sortant, toujours légalement en fonction, refuse de quitter son poste.

Pas question de couper le fauteuil en deux, la situation est donc particulièrement confuse. Mouad Bouchareb, a été élu président de l’Assemblée populaire nationale (APN), par 320 voix et une abstention. Ce n’est pas vraiment une surprise, car Mouad Bouchareb était jusqu’ici chef du groupe parlementaire du Front de libération nationale (FLN), Parti du chef de l’État Abdelaziz Bouteflika. Ce Parti détient que 161 des 462 sièges à la Chambre basse, mais Mouad Bouchareb était l’unique candidat. Il a donc pu compter sur les 100 députés du Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre Ahmed Ouyahia et ceux des autres Partis de la majorité présidentielle. De son côté, l’opposition a tout simplement boycotté la séance.

Cependant, les choses se sont gâtées quand le président sortant, Saïd Bouhadja 80 ans, lui-même membre du FLN, a décidé qu’il n’était pas, comme le président du pays, encore trop vieux pour laisser sa place. Pour lui, il “reste et demeure le président légal et légitime de l’APN ” et met en avant la constitution qui stipule “le président de l’APN est élu pour la durée de la législature” et il est vrai qu’aucune procédure légale de destitution n’est prévue.

Du côté de ses détracteurs, on rappelle une “mauvaise gestion”, et l’incapacité de Saïd Bouhadja, à “assurer ses fonctions, du fait de son désaccord avec les députés“.

Il reste un constat sur une situation paradoxale. Selon la constitutionnaliste Fatiha Benabbou, professeure de droit à l’Université d’Alger, le constat de vacance “n’a pas été établi juridiquement selon les règles“. Saïd Bouhadja reste “légalement le président” de l’APN. Elle ne peut que confirmer “nous risquons de nous retrouver avec deux présidents” à l’APN, “un président légal et un président de fait”.

Dans les coulisses, on évoque toutes sortes d’hypothèses pour expliquer la base de cette situation assez rare, car généralement la discipline au sein de l’ex-Parti unique et de l’appareil d’État est généralement la norme. Pour Saïd Bouhadja, sa situation est la conséquence de sa décision de limoger fin septembre le secrétaire général de l’APN, réputé proche de certains caciques du FLN.

On se tournerait alors vers une lutte de clans et une volonté de suprématie interne, bien loin des préoccupations du peuple.

Crédit photo : Graffyc Foto

Laisser un commentaire