Laos : le prix de l’électricité vient de tragiquement grimper

La tragédie de l’effondrement d’un barrage au Laos, met hélas en lumière une pratique qui un jour ou l’autre devait aboutir à une catastrophe. Le pays ambitionne de devenir “la pile d’Asie du Sud-est”, et pour cela des dizaines d’ouvrages hydroélectriques sont en construction, afin de pouvoir vendre cette énergie aux pays voisins. Cependant, on ne peut que regretter que tout ceci soit réalisé trop vite et de manière trop désordonnée.

Si l’ambition est noble pour ce pays en proie à de nombreuses difficultés économiques, le prix à payer est exorbitant. La rupture d’un barrage a libéré 500 millions de tonnes d’eau, fait des centaines de morts et a provoqué de graves inondations, qui atteignent désormais le Cambodge voisin.

Olivier Evrard, spécialiste du Laos joint par l’AFP, explique “le nombre d’ouvrages est totalement disproportionné par rapport aux capacités de contrôle du pays. Les autorités de supervision, n’ayant pas les qualifications et les connaissances nécessaires, s’en remettent aux puissantes entreprises étrangères qui construisent ces structures”.

Il est vrai, que la tentation est forte, car le pays est très pauvre et la situation ne s’améliore pas vraiment avec la baisse continuelle des exportations de bois et la production des mines d’or et de cuivre depuis plusieurs années. L’Etat, voudrait tirer profit du relief montagneux, qui dispose d’un remarquable potentiel hydroélectrique.

Du coup, ce sont plus de 50 projets, financés principalement par le voisin chinois, qui sont en cours de réalisation. Il faut rajouter une quarantaine de centrales hydroélectriques, qui sont déjà en activité.

De telles infrastructures et leur nombre ne peuvent pas rester sans effet sur l’écosystème. Outre les risques de rupture comme cela vient d’arriver, les ouvrages hydroélectriques laotiens posent plusieurs problèmes d’ordre environnementaux, économiques, sociaux et politiques.

De nombreux rapports indiquent une chute de la diversité et la quantité des poissons, ce qui a des conséquences sur la productivité des pêcheries du Mékong, réputées comme les plus importantes en eau douce du monde.

D’ailleurs, les habitants, qui sont souvent déplacés à cause des barrages, ne bénéficient pas directement des revenus dégagés. Contrairement à d’autres pays, aucune contrepartie n’est accordée.

La majeure partie de la production étant exportée notamment vers la Chine et surtout la Thaïlande. Pour exemple, 90 % de l’électricité produite par le barrage qui s’est effondré lundi, devaient ainsi être exporté vers le royaume et 10 % seulement redistribué localement.

Plus terribles encore, les recettes dégagées sont pour l’instant limitées, car de nombreux contrats stipulent que les centrales, exploitées en très grande majorité par des entreprises étrangères, seront cédées au gouvernement communiste laotien dans 20 ou 30 ans.

La dernière catastrophe finit cependant par inquiéter les pays voisins. Le gigantesque projet de barrage de Xayaburi sur le Mékong, est ainsi la source de vives tensions avec le Cambodge et le Vietnam, situés en aval, qui craignent d’en subir les conséquences.

Crédit photo : dario delvecchio

 

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