Polémique autour du film “Bécassine”

A la vision de la bande-annonce de Bécassine, réalisée par Bruno Podalydes, nous pensons en tout premier lieu à un bon film familial sympathique. Une comédie bien inoffensive, qui devrait remettre un personnage un peu désuet sur le devant de la scène. Cependant, à la manière d’un Tintin, le personnage n’échappe pas au travers de son temps, et le personnage continue à diviser la Bretagne.

Bécassine, est née en 1905, en même temps que l’on a séparé l’église et l’Etat. C’est une Bretonne, “bonne à tout faire” naïve, gaffeuse et pas très futée. Il n’en fallait pas plus pour faire rire des générations en France, à part bien sûr les Bretons.

Bien des années plus tard, les réactions sont plus calmes, mais la rancœur persiste tout de même. Des indépendantistes bretons viennent ainsi d’appeler au “boycott actif” considérant que cette comédie est “une insulte à toutes les femmes de Bretagne”.

Ewan Thébaud, porte-parole de Dispac’h, un collectif indépendantiste, anticapitaliste, féministe, écologiste, et internationaliste par exemple explique, “on ne demande pas l’interdiction du film, mais on appelle toute la société bretonne à le boycotter pour que les producteurs parisiens réfléchissent la prochaine fois”.

Il est vrai, que la bande-annonce donne plus l’impression d’une jeune femme partant à l’aventure à la capitale, plutôt qu’une jeune fille obligée de quitter sa famille pour se faire exploiter par de riches bourgeois. La réalité doit certainement se trouver entre les deux.

A cela, le réalisateur du film Bruno Podalydès, rajoute, “je me suis pris d’affection pour le personnage. Ce n’est pas la caricature qu’on veut souvent en faire. C’est quelqu’un de désarmant de gentillesse, bourré de qualités”. Il continue sa description, “dans mon film, elle n’est pas bête, elle est candide, elle est très inventive. Elle s’émerveille de l’eau courante, de l’électricité. Ce n’est pas de la bêtise”.

Les fondateurs de Dispac’h, en font peut-être un peu trop en comparant Bécassine au personnage de Banania. “C’est exactement la même période”, assure Thébaud. “Comme Banania, c’est un personnage aux traits arriérés, pas cultivé du tout. C’est une vision colonialiste”.

Cependant, le film et la polémique qui l’entoure auront le mérite de focaliser l’attention sur l’histoire des “migrants” de l’époque, une période ou venir de la Bretagne à Paris était pour beaucoup le voyage d’une vie. Ce fut un épisode de notre histoire, qui construit notre identité commune, après avoir dû susciter les éternelles réactions diverses de la part des Parisiens, mêlant interrogation, rejet, amusement et pour finir acceptation.

A méditer pour la suite de notre histoire de France.

Crédit photo : Barb

 

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