La fondation Abbé Pierre met en lumière le mobilier urbain anti-SDF

C’est ce que l’on appelle une tendance lourde, qui hélas, en dit long sur notre façon de concevoir le vivre ensemble. Derrière les organisations, les journées spéciales et autres évènements artistiques destinés à aider les plus démunis, et nous faire ressentir une merveilleuse générosité diffuse et exceptionnelle, il reste le quotidien et la réalité. On retrouve la triste petitesse, qui met en place du mobilier urbain volontairement hostile aux personnes sans domicile fixe. Les concepteurs rivalisent d’ingéniosité pour trouver des moyens édulcorés pour chasser des villes, les personnes sans domicile fixe ou les migrants sans hébergement. La fondation Abbé Pierre, ne veut pas que cela soit passé sous silence.

Peut-être, vous êtes-vous fait la remarque, que tel ou tel banc n’étaient pas pratique, ni même un minimum confortable ? C’est normal et volontaire, il s’agit de faire en sorte qu’un SDF ne puisse pas s’y allonger. Il en est de même, pour un abribus parisien qui est équipé d’un port USB, mais qui ne protège efficacement en rien du vent et de la pluie. Que dire de ces picots, rendant inaccessibles les renfoncements devant les immeubles, où l’on pouvait se protéger un minimum du froid et des courants d’air. Tout ceci n’a rien d’hasardeux, cela permet en toute hypocrisie de ne pas faire la chasse aux SDF, mais faire en sorte qu’ils aillent, ailleurs.

En la matière, l’imagination et la bonté humaine resplendies à travers un détecteur de présence devant l’entrée d’un parking, qui déclenche des jets d’eau lorsqu’une personne s’y installe. On ne compte plus les arrêtés anti-mendicités, pris non pas pour des raisons morales ou de sécurité, mais avant tout pour ne pas gâcher la photo et l’image du centre-ville. Ceux qui n’ont plus grand-chose, ne peuvent même plus en certains endroits fouiller dans les poubelles. Comme toujours, on ne veut pas clairement dire ce que l’on fait, et cela s’appelle des arrêtés anti-glanage. Il n’y a plus de glands depuis longtemps à ramasser, mais quand on ne veut plus utiliser les mots pour désigner quelque chose, ce n’est pas bon signe. Il ne s’agit donc pas de s’ériger en directeur de conscience de chacun, mais juste de faire remarquer qu’une prise en compte responsable pour une vraie solution globale serait plus efficace qu’un renoncement général, générateur de bassesses individuelles.

Vous allez penser qu’il faut en effet, pousser les SDF à se diriger vers un centre d’hébergement. C’est oublier que les centres d’hébergement d’urgence sont saturés, et que d’après le Samu social, en région parisienne, à peine 3 demandeurs sur 10 obtiennent une place pour passer la nuit au chaud. C’est pour cela, que la fondation Abbé Pierre, a lancé mercredi une campagne. Elle invite aussi chacun à poster sur Twitter des clichés de mobilier urbain anti-SDF, avec le mot d’ordre, “soyons humains” en hashtag. Les photos géolocalisées seront ensuite compilées sur une carte disponible sur le site, soyonshumains.fr.

Du côté des autorités, on réagit aussi, mais c’est plus calme. On va dans un premier temps, en discuter à travers une concertation sur la pauvreté lancée par la ministre des Solidarités Agnès Buzyn. Rassurons-nous, c’est même 4 groupes de travail, qui doivent remettre leurs conclusions au printemps.

Cela ne solutionne rien, mais ça fait gagner du temps et l’hiver sera passé.

Crédit photo : OOH-TV

Laisser un commentaire