Violences anglaises:la presse européenne y va de ses hypothèses

Les émeutes sociales en Grande Bretagne sont expliquées par les politiques d’austérité  par une partie de la presse et des commentateurs européens. D’autres soulignent le fait que saccager n’est pas protester.

Pour le journal allemand Süddeutsche Zeitung (centre-gauche), Londres, ville européenne où extrême richesse et misère coexistent dans la plus grande proximité, est le lieu où devait naturellement exploser les vagues de violences. Mais le journal rappelle que “les émeutes ne sont pas un problème purement britannique. La détresse sociale existe dans toute l’Europe”. “Partout les adolescents et les jeunes adultes vont devoir porter le poids de la montagne de dettes que la génération d’après-guerre a laissé grossir avec désinvolture”.

A l’inverse, le Frankfurter Allgemeine Zeitung (conservateur), qui appelle à une reprise en mains musclée, estime que “le taux de chômage élevé des jeunes, l’exclusion sociale et l’absence de perspectives”, ne sont que des “mots-clés censés expliquer, quand ce n’est pas justifier, les violences”.

En France, les éditorialistes dans leur majorité estiment que l’explosion en Grande-Bretagne démontre la “faillite” de l’ultralibéralisme et finalement une mise en garde pour tous les pays dans lesquels le fossé entre les plus riches et les plus déshérités ne cesse de croître.

“Les émeutes qui ravagent les quartiers défavorisés de Londres pourraient avoir lieu dans nimporte quelle autre métropole européenne”, écrit Le Figaro (conservateur), jugeant, que ces troubles sont “la réplique de celles qui ont eu lieu dans les banlieues (françaises) en 2005”.

Pour La Croix, “la même question se pose à toutes ces sociétés traversées de violence où saccroissent – de manière visible et provocante – les fossés entre une minorité très favorisée et des populations qui se sentent abandonnées, socialement et culturellement”. Et l’éditorialiste du quotidien catholique de s’interroger “Comment ne pas faire le rapprochement avec ce qui se jouait, ces mêmes jours, sur les places financières? ”

En Belgique, Le Soir, souligne “le caractère inégalitaire” de la société britannique. “David Cameron pense qu’en cassant les casseurs, il parviendra à stopper l’hémorragie de violence. C’est très probable. Mais il n’éteindra pas le feu qui couve dans les basses strates de la société”.

La Libre Belgique juge que même serait douteux de chercher dans les émeutes une autre motivation à ces violence que l’envie de casser et l’attrait du pillage”, “il faut bien observer à Londres comme à Madrid, Athènes ou Tel-Aviv, une même frustration (…) nourrie par le marasme économique, les crises à répétition et les injustices sociales mais aussi par une pathétique impuissance de la classe politique qui se double, bien souvent, d’une irresponsabilité révoltante”.

En Grande-Bretagne “Honte” et “déshonneur”, titrent les journaux mercredi. “Les scènes dans les villes britanniques sont un déshonneur pour la nation”, estime The Times (proche des conservateurs), tandis que The Guardian (proche des travaillistes) et The Daily Telegraph (libéral) insistent sur le fait que les troubles gagnent tout le pays.

En Grèce, Elefthérotypia (gauche) dans une comparaison avec les manifestations à Athènes, note également que ce sont “les politiques d’austérité” qui sont à l’origine de ces incidents.

“La différence se trouve qu’à Londres les mesures frappent des gens qui sont déjà marginalisés tandis qu’en Grèce c’est la classe moyenne qui est la victime de la stricte rigueur”, poursuit Elefthérotypia qui n’exclut pas “la contagion de ces phénomènes à d’autres pays en Europe.

“La croyance en la gloire olympique de 2012 a amené Londres à oublier d’autres devoirs. Cette illusion lui a coûté cher…”, estime au Portugal le Publico.

Le Diario de Noticias, sous le titre “Saccager ce n’est pas protester”, rappelle qu'”après l’élection de David Cameron il y a un an, le Royaume-Uni est entré dans une période d’austérité… pour ramener le déficit vers des niveaux acceptables. De nombreux services sociaux, renforcés quand Tony Blair et Gordon Brown étaient à la tête du gouvernement, ont été réduits voire même remis en cause. Protester contre cela serait légitime. Mais ce qui se passe depuis samedi soir, ce n’est pas de la contestation”.

En Italie, le quotidien économique Il Sole 24 Ore estime que “l’éducation peut être la réponse la plus importante pour redonner espoir à une génération entière”.

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