L’expansion européenne du frelon asiatique continue

En France,et en particulier dans  le sud-ouest de la France, les frelons asiatiques arrivés en 2004 en même temps qu’une importation de vases chinois, font de véritables ravages dans les ruches. Depuis 2004, le nombre de nid se multiplie.

La technique de l’hyménoptère est simple: elle consiste à faire des vols stationnaires devant les ruches dans l’attente du retour des butineuses. Une fois sa proie attrapée, le frelon, nommé Vespa velutina, se suspend à une branche et dévore le le thorax, riche en protéines, qui, une fois ramené au nid, deviendra une boulette pour les larves.

En septembre, il n’est pas rare de voir les frelons entrer dans les ruches et manger les couvains, car les abeilles gardiennes sont moins nombreuses à l’entrée. s’ils ne pénètrent pas dans les ruches, ce sont les abeilles qui n’osent plus sortir. Un cercle vicieux se met alors en place : “Comme elles ramènent moins d’eau et de nourriture dans la ruche, la reine ne pond plus, se désole M.Wielezynski. Le cheptel, affaibli et vieilli, a de grandes chances de mourir à l’arrivée de l’hiver.”

C’est en 2004 que frelons asiatiques ont fait leur première incursion dans le Sud-Ouest, à Tonneins (Lot-et-Garonne), chez un producteur de bonsaïs. Les insectes auraient atterri dans la région en même temps que des poteries chinoises importées dans le département et dans lesquelles des reines auraient hiberné. “On peut être quasiment certain qu’il s’agit d’une origine chinoise provenant d’une province autour de Shanghaï”, précise Claire Villemant, entomologiste au Muséum national d’histoire naturelle et coordinatrice de travaux financés par le programme européen pour l’apiculture.

Les travaux publiés en juin par le Muséum montre l’expansion de l’insecte : trois nids recensés en 2004 dans un seul département; près de 2 000 en 2010 dans 39 départements. deux nids viennent d’être remarqués pour la première fois en Espagne. “Chaque année, le front d’invasion s’élargit de 100 kilomètres, avec une forte présence en Aquitaine car les conditions climatiques de cette région sont aussi bonnes, voire meilleures, que dans sa zone d’origine en Chine”, constate Quentin Rome, chargé d’études au Muséum. Selon l’étude, la plupart des pays d’Europe ont un risque non négligeable de voir ce frelon s’acclimater sur leur territoire, en particulier le long des côtes atlantique et du nord de la Méditerranée. L’Europe de l’Est et la Turquie pourraient être aussi envahies.

Malgré ce bilan inquiétant, le frelon asiatique n’est pas encore classé parmi les espèces nuisibles. Il a perturbé les ruches des apiculteurs amateurs, mais a relativement épargné les professionnels, qui réalisent 60 % de la production nationale, sont encore relativement épargnés : “Même si nous constatons un impact récent du frelon sur les miellées tardives de septembre-octobre, les conséquences de sa prédation sont faibles et, de toute façon, moins dommageables sur un rucher de 100 unités que sur celui d’un amateur qui en compte généralement une dizaine”, explique Thomas Mollet, président de l’Association de développement de l’apiculture en Aquitaine.

Il n’existe pas encore d’étude économique sur l’impact de ces “goinfres” sur la production de miel et les cheptels d’abeilles. Mais les choses bougent. Le ministère de l’agriculture a saisi, en septembre 2010, l’Institut technique de l’apiculture et de la pollinisation afin qu’il travaille sur le sujet.

La piqûre de cet insecte ne pose pas véritablement problème pour la santé publique. Une quinquagénaire est morte en juin dans le Médoc, suite à des piqûres de frelons asiatiques et plusieurs personnes, dont des pompiers, se font régulièrement piquer mais les autorités ne sont pas inquiètes outre mesure. Les hôpitaux d’Agen, de Bergerac ou de Bordeaux, parmi les zones les plus envahies, n’ont pas constaté d’augmentation de cas.

“Le “Vespa velutina” n’est pas agressif, surtout s’il est seul, mais il peut être potentiellement dangereux et attaquer avec ses congénères s’il se sent en danger”, précise Denis Thiery, directeur de recherche d’une unité mixte de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Bordeaux. Depuis 2007, son département travaille sur l’éthologie et les techniques de piégeage de l’insecte.

Il n’existe pas de piège fiable à 100 %. Les apiculteurs utilisent de manière très artisanale un mélange à base d’alcool et de solution sucrée, qui a l’inconvénient d’attirer d’autres insectes en plus du frelons asiatiques. “Quand on piège n’importe où, on tue en même temps la faune auxiliaire, des milliers d’insectes sans rapport avec le frelon”, proteste Mme Villemant. Même si on attrape une centaine de frelons, c’est dérisoire. En revanche, piéger en août à côté des ruchers permet de diminuer la pression sur les abeilles.”

Richard Legrand, spécialiste du frelon à pattes jaunes à l’Union nationale des apiculteurs français  s’insurge contre ce raisonnement: “Si le piégeage est fait de manière régulière, avec un emplacement, un appât et une période bien choisie, comme celle du retour des hirondelles, alors c’est efficace sans trop de casse sur la faune auxiliaire.” “De toute façon, il faut être lucide, tranche Claire Villemant : cette espèce fait désormais partie de la faune française. Il va falloir apprendre à vivre avec.”

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