Le père Le Pen souhaite-t-il vraiment qu’on lui succède au FN?

Si la présidente du Front national, Marine Le Pen, soigne particulièrement l’image du parti à travers la dédiabolisation du FN, elle pâtit des déclarations de son père, qui sape le travail de sa fille engagé pour banaliser, et faire survivre, le parti.

Mercredi 27 juillet, tandis que Marine Le Pen prend des vacances à La Trinité-sur-Mer, son père est à Nanterre (Hauts-de-Seine), au siège du Front national. Il en est le fondateur en 1972 et s’il a pris sa retraite politique, il continue à être présent dans les médias. Il s’est par exemple prononcé récemment contre la Norvège, pays à ses yeux coupable de « naïveté » face à l’immigration et au terrorisme, plus grave que le massacre lui-même. La gauche pointe du doigt le nouveau « dérapage », et demande à Marine Le Pen de prendre ses distances avec le « provocateur ». Or, l’intéressée les prend à contrepied et déclare que « la seule chose qui puisse me faire sortir de mes gonds, c’est lorsque l’on s’attaque à mon père ».

Déplacements en province, interventions médiatiques, présence dans toutes les instances décisionnaires du FN : Jean-Marie Le Pen est en fait toujours actif dans le parti frontiste. Si sa fille refuse d’émettre des critiques, de nombreux membres de son entourage souhaiteraient qu’il se fasse plus discret. Un membre de la “galaxie Marine” déclarait déjà vingt jours avant le dérapage: « Sur le site du FN, on le voit beaucoup trop » et se disait « fatigué » d’avoir entendu récemment « Le Pen pleurer sur les enfants de Kadhafi alors qu’il s’était moins insurgé en 1989 quand le colonel libyen avait fait abattre un avion d’UTA… ». Un autre déplore la « judiciarisation » du FN (le parti a plus que jamais le dépôt de plainte facile) : il voit là « une relepénisation du mouvement ».

Un autre responsable du nuance pense que « Jean-Marie veille au grain »: « Un certain nombre de choses le rendent grognon. A commencer par le fait de n’être plus président… » Il existerait aussi quelques différents idéologiques entre lui et sa fille. La fameuse « dédiabolisation » ? Le Pen a peur que cela nuise à l’unité du FN. Il avait d’ailleurs pris la défense d’Alexandre Gabriac, un élu FN pris en flagrant délit photographique de salut nazi. « Il pense que ce n’est pas au Mrap et à la Licra (associations antiracistes et de défense des juifs de France, NDLR) de dicter au FN ce que doit être son image », affirme l’un de ses proches. Sur le plan économique, Jean-Marie Le Pen désapprouverait la manière dont sa fille s’est faite, contre l’euro, la championne du retour au franc. « Son père considère que ce n’est pas à nous de porter la responsabilité de la fin de cette monnaie, qui va se casser la gueule toute seule », explique le même proche de Jean-Marie Le Pen.

Les dérapage de Jean Marie Le Pen interroge toujours la la volonté du fondateur du parti d’avoir une héritière. Un ancien dirigeant d’extrême droite répond radicalement : « Le grand projet de Le Pen, ce n’est pas d’installer un grand parti qui lui survive. C’est de réussir sa saga personnelle. Donc, le succès de sa fille ne peut pas lui faire plaisir. »

Au mois d’avril, il semblait pourtant prêt à totalement abandonner les rênes à sa fille alors qu’il confiait à France-Soir reconnaître les bienfaits de la rénovation du FN : « Marine a souhaité que cette agression contre nous cesse. Comme je l’ai cristallisée sur moi pendant des années, le fait d’avoir passé les rênes a pu servir la dédiabolisation. » Mais ces dernières interventions vont à l’encontre de ces déclarations.

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