Des femmes tutsies violées par les forces françaises?

Des nouvelles révélations concernant l’opération turquoise au Rwanda viennent d’être faites par des rescapées tutsies du génocide hutu: elles ont déclaré avoir été systématiquement violées par des militaires français dans les camps contrôlés par les forces françaises.

Le 28 juin, le journal de 8 heures de France Inter s’ouvrait sur cet incroyable témoignage d’une rwandaise tutsie placée au moment des faits dans un camp de réfugiés sous la responsabilité des soldats français de l’opération Turquoise: “Parfois, il y avait jusqu’à une dizaine de militaires français qui me violaient […] pendant que d’autres faisaient la même chose juste à côté. […] On se retrouvait toutes dans les tentes des militaires. […] C’était comme un repas quotidien. […] Cela a commencé une semaine après leur arrivée, jusqu’à leur départ.”

Trois femmes rwandaises sont allées sur Paris fin juin pour être entendues par le juge d’instruction du Tribunal aux armées de Paris. Elles avaient fait déposer devant cette instance, en octobre 2009, une plainte contre X pour crime contre l’humanité. L’énormité de l’accusation interroge  la responsabilité de la France dans le génocide rwandais.

Cependant, leur version tenue devant les médias il y a deux semaines et leur témoignage recueilli en juin 2004 par le docteur Annie Faure ayant servi de base aux plaintes diffèrent sensiblement. Dans ces témoignages, elles ne disaient nulle part que d’autres femmes avaient subi de tels sévices, ni que ces exactions étaient quasi quotidiennes, à la différence des déclarations dans les médias. On ne trouve pas non plus d’allusion à une pratique systématique du viol par les militaires français.

Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ces variations: Amplification fantasmatique du traumatisme, stratégie pour mobiliser la justice  – la la procédure s’annonce longue en regard du temps qu’il va falloir à la création du “pôle génocide” au TGI de Paris pour connaître le sort de ce dossier – ou encore manipulation de la part de Kigali.  Ou peut-être s’agit-il de ce que l’avocat Antoine Comte appelle “le temps du génocide, qui fait que les choses remontent très lentement à la surface tant le crime est inconcevable”.

Annie Faure et l’avocate ont retenu cette dernière hypothèse pour expliquer la nouvelle version des Rwandaises. Mais les plaintes de 2004 avaient été jugées assez crédibles par la juge d’instruction Florence Michon, alors en charge du dossier, pour estimer, en avril 2010, que “la qualification de crime contre l’humanité ne [pouvait] être écartée a priori”. Elle s’était aussi appuyée sur les témoignages de trois miliciens hutus qui dénonçaient une collaboration active des militaires français à l’extermination des Tutsis et confirmaient des viols systématiques. Dépositions, il est vrai, sujettes à caution : elles avaient été recueillies en prison, où les miliciens attendaient leur jugement.

Le général Jean-Claude Lafourcade, ancien commandant de l’opération Turquoise,  nie les viols systématiques. Mais il n’exclut pas “des viols isolés qui auraient échappé aux enquêtes internes conduites dans chaque unité à la fin de l’opération”.

Laisser un commentaire