Deux films iraniens invités à Cannes

Le festival de Cannes ont invité deux cinéastes iraniens, poursuivis par leur gouvernement pour leur liberté critique et leur caractère subversif, à présenter leur film du 11 au 22 mai. Un geste esthétique et politique.

Panahi et Rasoulof sont tous deux cinéastes victimes de la répression artistique Iranienne. Arrêtés le 1er mars 2010 car suspectés de vouloir faire un film critiquant le gouvernement après la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009, ils ont été condamnés à six ans de prison en décembre 2010 ainsi qu’à vingt ans d’interdiction de filmer et de quitter le territoire. Motif : “Participation à des rassemblements et propagande contre le régime.” Ils ont tous les deux fait appel.

Dans des conditions encore mal connues, ils ont réussi chacun à tourner un film ces derniers mois et ceux-ci seront projetés à Cannes du 11 au 22 mai. Ceci n’est pas un film, de Panahi et Mirtahmasb, sera présenté en séance spéciale. Au Revoir, de Rasoulof, s’ajoute à la sélection d’Un Certain Regard.

“Le film de Panahi est son journal de bord, il raconte sa vie durant ces derniers mois, confie Thierry Frémaux, délégué général du festival. Durant 75 minutes, on voit un homme de conviction, qui assume son destin, mais on sent aussi le réalisateur inquiet. Celui de Rasoulof est une fiction de 1 h 40, l’histoire d’une jeune femme, avocate, interprétée par Leyla Zareh, qui cherche à quitter l’Iran et subit tous les tracas administratifs. C’est un film urbain, absolument magnifique.”

“Panahi et Rasoulof sont cinéastes, leur geste nous dit qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de tourner, poursuit Thierry Frémaux. Si nous avons retenu ces deux films, c’est avant tout parce qu’ils sont très beaux. Mais les programmer a du sens, évidemment : que Panahi et Rasoulof les adressent à Cannes, en même temps, la même année, alors qu’ils connaissent la même infortune est un signe très fort : Cannes comme institution internationale qui les protège, la communauté mondiale du cinéma comme une sorte de fraternité allant de soi.”

Ils ont toujours été soutenus par le monde artistique: l’année dernière, le festival de Cannes proposait à Panahi, alors emprisonné, d’être juré. Le cinéaste a été libéré sous caution le 25 mai après une détention de trois mois et une grève de la faim d’une semaine. Même soutien de la part de La Mostra de Venise et du Festival de Berlin.

Jafar Panahi, 50 ans, est l’un des cinéastes les plus reconnus de la nouvelle vague iranienne : ses films soulignent les inégalités et le climat liberticide iranien. Interdits dans son pays, ils sont régulièrement primés en festivals : Caméra d’or à Cannes en 1995 pour Le Ballon blanc ; Lion d’or à Venise en 2000 pour Le Cercle ; Ours d’argent à Berlin en 2006 pour Hors jeu, etc.

Plus jeune (né en 1973), moins connu mais tout aussi subversif, Mohammad Rasoulof a réalisé six courts métrages avant The Twilight, son premier “long”, en 2002. Ont suivi La vie sur l’eau, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, en 2005, La Parabole (2008), documentaire sur l’ingéniosité des Iraniens pour capter les chaînes étrangères interdites, puis The White Meadows (2009), où le personnage principal vogue sur un vaste lac pour récolter, année après année, les larmes des habitants.

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