De nouvelles manifestations à Tunis

Tunis s’agite à l’approche des élections. De nouvelles manifestations ont eu lieu, le couvre-feu a été rétabli et les tensions sont telles qu’on parle même d’un éventuel report de scrutin initialement prévu fin juillet.

La Tunisie est de nouveau soumise à une atmosphère de haute insécurité, près de quatre mois après sa révolution et à deux mois du scrutin. Tant et si bien que le président de l’Instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique, Yyadh Ben Achour, révèle dans un entretien du quotidien La Presse, envisager sérieusement le report du scrutin.

Les premières manifestations ont pris la forme de petits cortèges organisés jeudi, sur l’avenue Bourguiba, lieu d’implantation du ministère de l’intérieur, épicentre de la contestation quelques mois plus tôt. Il était question pour les manifestants de dénoncer la lenteur et le manque de transparence du gouvernement provisoire et de demander sa démission.

Pacifiques au début, les manifestations ont vite dégénéré en affrontements entre contestataires et forces de l’ordre. Les témoins parlent de gaz lacrymogène administré par la police à la foule. Le syndicat national des journalistes parisiens parlent même de reporters passés à tabac par les policiers.

La brutalité de la répression a incité les protestataires à se réunir devant le ministère de l’Intérieur en scandant: «Gaz lacrymogène et cartouches, les Tunisiens n’ont pas peur !», «Peuple tunisien révolte-toi !», «ministère de l’Intérieur, ministère terroriste !».

Le climat de violence a été aggravé par des pilleurs infiltrés dans les manifestations. Profitant du chaos, ils ont saccagé des boutiques et des voitures. Des comportements identiques ont été signalés dans plusieurs régions du centre et du sud du pays, dont Gabès, Sfax et Metlaoui.

Pourquoi de tels agissements? Faouzia, une résidente de Tunis contactée par téléphone s’inquiète:  «Franchement, on ne sait pas qui est derrière tout ça et quels intérêts cette violence peut servir» confie-t-elle, tout en déplorant que le couvre-feu ait été rétabli depuis samedi. Si certains analystes pointent du doigt des forces occultes liées à l’ex-président Ben Ali, d’autres voient dans la crise actuelle la main de partis d’extrême gauche, voire de groupuscules à la solde de pays voisins.

C’est suite aux déclarations controversées de Farhat Rajhi, l’ex-ministre de l’Intérieur, la semaine dernière que la situation a commencé à se détériorer. Il avait affirmé que l’armée serait capable d’un coup d’état en cas de victoire des islamistes lors des élections prévues le 24 juillet prochain.  Ces troubles coïncident aussi avec la condamnation, samedi, par un tribunal de Tunis, d’Imed Trabelsi, neveu de Ben Ali, à deux ans de prison et à 2 000 dinars d’amende pour consommation de stupéfiants. Mais nombreux sont les Tunisiens qui s’étonnent que cet homme, impliqué dans d’importantes affaires de corruption, n’encourt pas des peines plus fortes.

Le retard de la promulgation de la loi électoral initialement prévue le 31 mars dernier et décalée d’une semaine ainsi que le report du scrutin, irrite également les tunisiens.

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