Migrants tunisiens: délogés par les forces de l’ordre

Les 138 tunisiens, passés par Lampedusa en Italie, qui occupaient un immeuble du XIXe arrondissement ont été interpellés mercredi par les forces de l’ordre à la demande de la mairie de Paris, propriétaire des lieux.

Cela faisait trois jours qu’ils occupaient l’immeuble situé au 51 avenue Simon-Bolivar afin de “s’organiser”, après avoir quitter le parc de la porte de la Villette. Ils réclamaient au gouvernement, via « le Collectif des Tunisiens de Lampedusa à Paris », d’être logés et accueillis dans de meilleures conditions. Mais ils ont du quitter les lieux mercredi après l’intervention des forces de l’ordre, commandée par la mairie de Paris.

La préfecture de police a confirmé que les occupants « ont été emmenés dans des commissariats pour des vérifications d’identité ». 250 CRS et gendarmes ont été mobilisés pour l’opération. Vers 14h, ils ont conduit plusieurs occupants dans des bus direction le commissariat. De nombreuses associations et partis de gauche ont dénoncé la manœuvre. Pour France terre d’asile, par exemple, la réponse policière apportée à la situation des jeunes Tunisiens arrivés en France « est inacceptable parce que disproportionnée ». Pour les élus parisiens d’Europe Ecologie-Les Verts, le gouvernement « opte scandaleusement pour la précipitation, la brutalité et la confusion » alors que des associations recherchaient de nouveaux locaux.

De son côté, le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, a reconnu que l’intervention policière résultait de la volonté de la mairie de Paris. Dans un communiqué, la municipalité explique que « Ce lieu est reconnu comme dangereux et n’est nullement conçu pour servir d’hébergement ». La mairie se défend d’avoir agi de la sorte suite au refus des occupants « de quitter le lieu pour rejoindre les hébergements que la Ville finance ». Selon elle, seuls une douzaine de tunisiens étaient prêts à accepter les proposition des représentants. Elle a souligné que l’immeuble avait été vidé il y a plusieurs mois en raison des risques qu’il présentait.  « 112 places d’hôtels sont actuellement proposées par France Terre d’Asile et 100 places ont été ouvertes mardi soir par l’association Aurore » a-t-elle déclaré.

Au cabinet du maire, on déplore le fait que les migrants tunisiens aient « été instrumentalisés pas les militants anarchistes qui les ont poussés à affronter les forces de l’ordre. Et tout ça pour quoi ? Etre arrêtés et reconduits à la frontière ? Quel gâchis ». « Ils avaient peur, ils ne savaient pas quoi faire, ils voulaient rester ensemble », précise de son côté une élue du Parti de gauche du XIXe. Discours identique de la part de la part de la Coordination des intermittents et précaires (CIP) qui soutenait l’occupation : la forte présence policière aurait dissuadé les migrants de quitter l’immeuble de l’avenue Simon-Bolivar.

Cette affaire compromet  Bertrand Delanoë qui estimait encore il y a quelques jours « minables » les arrestations de migrants d’Afrique du nord par les forces de l’ordre. Il redemande aujourd’hui à l’Etat que « les situations individuelles soient étudiées avec pragmatisme » et promet que Paris poursuivra son « action » d’accompagnement des migrants.

Cela fait deux semaines que les autorités interpellent les migrants à Paris et dans le sud de la France. Pour pouvoir rester en France, ceux-ci doivent être détenteurs d’un permis de séjour en zone Schengen octroyé par l’Italie et posséder 31 euros par jour pour justifier leur présence sur le territoire français. Mercredi l’Union Européenne a proposé à Rome et à Paris un renfort de contrôles aux frontières mais uniquement à titre extraordinaire et sous la décision de l’Europe des 27 et non du seul pays demandeur.

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