Ernesto Sábato: adieu à un grand écrivain argentin

L’écrivain argentin Ernesto Sábato est mort samedi 30 avril, à l’âge de 99 ans, à son domicile de Santos Lugares, dans la province de Buenos Aires. Il était l’un des grands de la littérature argentine, à l’instar de Luis Borges, Adolfo Bioy Casares ou Julio Cortazar.

Le Tunnel, son premier roman, publié en 1948 et lauréat du Prix Cervantès en 1984, avait remporté les suffrage de gens comme Albert Camus, Graham Green ou encore Thomas Mann.  Un début de littérature éclatant pour ce physicien lecteur de Marx à 19 ans.  Il s’était par ailleurs engagé dans les Jeunesses Communistes dès 1930, avait renoncé à l’esprit d’orthodoxie en se faisant héberger par un concierge trotskiste de l’ENS de la rue d’Ulm, et s’était enfin spécialisé dans les radiations atomiques. Il travaillait avec Irène Joliot-Curie la journée, au laboratoire de Marie Curie à la fin des années 1930, et fréquentait les surréalistes tels qu’André Breton ou Tristan Tzara le soir au Dôme.

Après le succès du Tunnel, Ernesto Sábato a publié deux autres romans: en 1961, il fait paraître Héros et tombes, publié en France sous le titre Alejandra, et qui bénéficie des louanges de Witold Gombrowicz: «J’ai passé en Argentine vingt-quatre ans de ma vie. Je ne connais aucun livre, qui introduise mieux aux secrets de la sensibilité sud-américaine, à ses mythes, phobies et fascinations.» En 1947, c’est l’Ange des ténèbres, qui termine sa trilogie consacré à Buenos Aires et parachève son talent de romancier.

Cependant, son œuvre compte avant tout des essais. Il y aborde beaucoup la question politique, en plus du tango, de la littérature ou encore des «Trois approches de la réalité de notre temps» proposées par Robbe-Grillet, Borges et Sartre (1968). A travers des ouvrages tels que «Hommes et engrenages» (1951), «Hétérodoxie» (1953), «l’Autre visage du péronisme» (1956), «Clefs politiques» (1974) ou encore «Apologies et refus» (1979), Sábato prouvait son engagement politique et sa volonté de continuer à dénoncer la torture ou la censure. Il était d’ailleurs,en 1984, à la tête de la CONADEP, la commission nationale chargée d’enquêter sur les quelque 30.000 opposants tués ou disparus sous la dictature militaire.

Sábato, qui se consacrait très largement à la peinture depuis les années 1980, aurait eu cent ans le 24 juin prochain. mais un mauvais rhume contracté 15 jours auparavant a été fatal. C’est ce qu’a expliqué sa femme à la presse: «Il a eu une bronchite il y a quinze jours, et à son âge, c’est terrible.»

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