Matières premières : haro sur les «faiseurs de marché»

L’Europe veut limiter la spéculation sur les marchés de matières premières en limitant les positions prises par les traders. Christine Lagarde y est favorable et la France en a fait un enjeu majeur du G20.

A Godollo en Hongrie, où sont réunis depuis hier et jusqu’à ce soir les ministres Européens des Finances, il n’est pas question que du Portugal. Au contraire. Déjà évoquée hier par plusieurs sources, la volonté des grands argentiers européens d’améliorer la transparence sur les marchés des matières premières est revenue au coeur des discussions ce samedi. Une question devenue cruciale alors que la Commission Européenne a récemment admis un lien entre la spéculation sur les marchés à terme de matières premières et la hausse du prix sur les marchés physiques.

«La manipulation des taux des marchés des matières premières est d’ailleurs relativement aisée, car ce sont des marchés plutôt restreints, et souvent tenus par un petit nombre d’acteurs » explique d’ailleurs Jean-Paul Pollin, membre du Cercle des économistes, pour illustrer les dérives et les positions parfois monopolistiques rencontrées sur ces marchés et ceux de leurs dérivés.

Dès lors, des propositions sont à l’étude au niveau des 27, pour contrôler au mieux les variations de prix liées à ces phénomènes. Parmi elles, l’instauration des limites de position, fixées par le régulateur boursier, et déterminant le nombre maximum de contrats d’option détenu par un opérateur, sur une valeur donnée et de même sens (achat ou vente).

Prévention des abus de marché

Le texte final de la réunion de Godollo n’est pas encore connu mais selon Reuters, il insisterait sur la volonté des ministres réunis près de Budapest de mettre en place de telles type de mesures pour «identifier et prévenir les abus de marché en particulier les manipulations inter-marchés ».

Limiter le niveau des prises de position permettrait alors de diminuer des «faiseurs de marché», tels que définis par Christine Lagarde. La ministre française appuie par ses propos, la volonté de la France de faire de la lutte contre la spéculation autour des matières premières, l’un des enjeux majeurs de la présidence du G20 qui court jusqu’en novembre 2011. «Nous avons besoin de mécanismes pour permettre une bonne régulation», a insisté la ministre. «Les limites de position éviteraient que des faiseurs de marchés ne tiennent des positions trop importantes».

Base de travail avant le G20 dans une semaine

Néanmoins, plusieurs étapes doivent encore être franchies. Avant que chaque gendarme boursier national n’impose de telles limites, sous l’égide de l’Esma (Autorité européenne des marchés financiers), Michel Barnier, Commissaire du marché intérieur inclura tout d’abord la proposition dans la révision de la directive sur les instruments de marchés (MiFId) prévue pour le mois de juillet Chaque pays membre devra ensuite l’adopter, ainsi que le Parlement Européen.

Quoiqu’il en soit, les avancées faites au niveau européen dans le sens d’une plus grande transparence sur les marchés de matières premières, permettront à la France de disposer d’une base de travail pour convaincre les grandes puissances mondiales sur ce principe, une semaine avant la réunion du G20 du 15 avril à Washington.

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