Carrefour : succès de la grève, les discussions vont reprendre

Les débrayages contre les hausses salariales jugées trop faibles sont un succès selon les syndicats. Trente magasins sont bloqués et le taux de grévistes tourne autour des 50%. Les négociations reprennent mercredi.

Les syndicats sont plutôt soulagés. Après avoir craint hier que leur appel à la grève ne tombe à plat, suite à l’annonce de dernière minute par la direction d’une réouverture des négociations salariales, ceux-ci se félicitent d’une mobilisation largement suivie ce samedi. Les salariés des hypermarchés du groupe de distribution étaient en effet appelés par quatre syndicats à faire grève ce samedi, pour protester entre autres choses contre les hausses salariales pour 2011, jugées insuffisantes. L’appel avait été lancé fin mars par la FGTA-FO, syndicat majoritaire chez Carrefour (avec plus de 45% de représentation), et soutenu par le CGT, la CGC et la CFDT.

Au total, les employés français du groupe de distribution sont venus en masse manifester aux abords des magasins en ce jour traditionnel de grande affluence dans les hypermarchés. Selon les estimations des syndicats, le mouvement est très largement suivi (de 50 à 85% des grévistes) dans 130 des 203 hypermarchés du groupe. Plus d’une trentaine de sites seraient totalement bloqués, les salariés empêchant les accès des grandes surfaces. Même quand celles-ci ne sont pas totalement bloquées, les taux de grévistes vont de 30% à 85% selon les estimations de Dejan Terglav, secrétaire général de la FGTA-FO rapportés par l’AFP. «Les régions les plus mobilisées sont le Nord, la Bretagne et le Centre», précise le syndicaliste. Contactée, la direction de Carrefour n’a pas confirmé ces chiffres, procédant toujours à un état des lieux de la mobilisation, et assurant que tous les hypermarchés étaient ouverts.

Les représentants syndicaux anticipaient hier matin un taux important de mobilisation des salariés. Un fait rare, dans un groupe peu habitué aux mouvements sociaux de grande ampleur. «D’autant que l’annonce de Carrefour de la réouverture des négociations salariales mercredi pouvait dissuader certaines personnes de venir manifester. Mais rouvrir des négociations, ça ne veut pas dire obtenir gain de cause » insiste Dejan Terglav.

«C’est un mouvement qui s’annonce assez mémorable », a confirmé Franck Gaulin, délégué syndical central de la CGT. Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force Ouvrière (FO), est venu soutenir le mouvement sur le site du Mans, en grève à hauteur de 80%. «Les gens veulent une redistribution dans les entreprises. Quand elles n’acceptent pas de faire ça, il reste la grève», a expliqué le dirigeant syndical, qui réclame également «un dispositif pour rendre obligatoire la prime de transport dans toutes les entreprises».

Hausse insuffisante des salaires

Alors que la direction propose à ses employés une augmentation de 1% des salaires au 1er mars puis une autre augmentation de 1% au 1er octobre, les représentants syndicaux estiment que ces propositions ne couvrent pas l’inflation annoncée de 2%. «Ça ne représente en réalité que 1% sur l’année» précise un tract diffusé par la FGTA-FO, qui demande que les augmentations ne soient décidées qu’une fois par an. La promesse du relèvement à 10% (contre 7% auparavant) des remises sur les achats dans les magasins du groupe, ainsi que l’annonce de la réouverture des négociations mercredi prochain, n’auront pas suffi à faire revenir les dirigeants syndicaux sur leur décision.

Car au-delà des salaires, le malaise se fait de plus en plus fort du côté des conditions d’emploi et des nouvelles méthodes de travail depuis l’arrivée à la tête du groupe du suédois Lars Olofsson, en janvier 2009. Au total, la FGTA-FO a chiffré à 10.000 le nombre d’emplois supprimés depuis 5 ans, et dénonce un «nouveau modèle opérationnel reposant sur le travail de nuit généralisé, une ultra simplification des séquences de travail et une augmentation du stress des salariés».

L’organisation syndicale précise d’ailleurs que les prochaines négociations avec la direction ne porteront pas uniquement sur les salaires et que, même en cas de forte hausse salariale, elle ne pliera pas sur les revendications portant sur l’amélioration des conditions de travail.

Opposition aux projets de scission

Alors que le président Nicolas Sarkozy a exprimé jeudi sa volonté de lier les salaires aux dividendes, les syndicats ne pouvaient rêver mieux pour appuyer leurs discours. Car, troisième et ultime revendication majeure, les salariés s’opposent au projet de scission par cotation de la filiale de hard-discount Dia et de celle de 25% de la foncière Carrefour Property. Selon les syndicats, ces opérations purement financières apporteraient six milliards d’euros aux deux actionnaires principaux, Bernard Arnault et Colony Capital (14% du capital et 20% des droits de vote à eux deux).

Selon les propos de Dejan Terglav rapportés dans Les Echos de vendredi, l’organisation souhaite également que le Fonds Commun de Placement d’Entreprise (FCPE) «vote contre les scissions (lors de la prochaine assemblée générale du 21 juin ndlr). Le FCPE détient environ 1,33% des actions mais le double en droits de vote» a précisé le leader syndical. Ce qui porterait à près de 4% le nombre d’actionnaires opposés au projet, avec le fonds Knight Vinke (plus de 1% du capital). Insuffisant toutefois pour l’instant, pour réunir le tiers des voix nécessaires pour faire capoter le projet.

Laisser un commentaire