« Panama Papers », « Paradise Papers » : si le contenant est le même, le contenu diffère

Les mêmes initiales et à première vue, le même sujet. Le choix de l’appellation, n’est pas fortuit loin de là. On ne change pas une équipe qui gagne. Si le nom est presque identique, c’est tout simplement, que l’enquête a les mêmes caractéristiques. Elle est l’œuvre de mêmes journalistes, issus du même groupement international de journalistes d’investigation, et pourtant, sur le fond les deux enquêtes n’ont pas la même portée.

La différence principale et fondamentale, est que pour la première, il s’agit de la mise en lumière d’un système massif de fraudes fiscales et de l’autre, on parle d’opérations fiscales déclarées et légales.

Il est nécessaire et salutaire de connaître et de mettre à jour les différents circuits dans lesquels l’argent mondial transite. Néanmoins, il apparaît beaucoup plus contestable, pour du journalisme de fond et d’investigation de tout présenter sous la forme de deux enquêtes presque similaires, ce qui accentue une certaine confusion.

Ne nous y trompons pas, on parle d’un côté d’évasion fiscale, de blanchiment d’argent et autres activités illégales. De l’autre côté, il est question d’activités certes complexes peut-être pour certaines, moralement condamnables, mais elles sont légales.

Pour échapper à tout manichéisme, il faut considérer qu’il est difficile pour les entreprises de rester vraiment blanc comme neige. Les patrons des grandes entreprises louvoient suivant les occasions, dans des eaux parfois tumultueuses.

Ces eaux comportent de la dissimulation volontaire d’informations dans le cas de l’enquête des « Panama Papers », attitude coupable qui doit faire l’objet de révélations en vue d’être dénoncées.

Concernant les « Paradises Papers », il s’agit d’expliquer des pratiques discrètes, pas toujours glorieuses, mais qui permettent de faire fructifier son argent. Le public doit connaître la teneur de ses activités, mais il conviendrait d’employer le terme d’information et d’explication, en vue d’être partagées.

La grande différence, se trouve dans la réponse et l’attitude à avoir par rapport à ses deux enquêtes. Concernant les Panama Papers, elles devraient être d’abord judiciaires, car il n’est pas concevable que les personnes qui s’enrichissent, puissent le faire en dépit de toutes les lois comme des vulgaires voleurs. Il est alors évident, que mettre des noms devant des pratiques illégales permet d’en finir avec une certaine forme d’impunité.

Cependant, dans un deuxième temps, faire apparaître dans la même tête de gondole et dans la même présentation, des personnes dont l’activité est légale, ce n’est plus une dénonciation, c’est du sensationnalisme, et mettre des noms derrière des pratiques légales n’amènent pas grand-chose.

De plus, dans le deuxième cas, la réponse est politique et collective. En effet, l’enquête nous indique cette fois, que certains arrivent à gagner encore plus d’argent, qu’il n’y parait au premier abord. Cela mérite d’être dit, analysé, peut-être à juste titre combattu avec force, mais nullement jugé.

Il serait dommage qu’un si noble et louable travail d’investigation, hélas rare de nos jours n’atteigne pas complètement son but, et se discrédite quelque peu pour une recherche étroite de « buzz ».

Crédit photo : Knight center for journalism in America

 

 

 

 

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