Mossoul, la victoire est acquise pour les militaires, pas encore pour les civils

Nous assistons à la reprise en main de la ville de Mossoul par l’armée régulière irakienne. L’organisation État islamique, a été chassée de l’un de ses principaux bastions irakiens. Même si ce n’est pas la fin de l’EI, c’est un très gros coup dur, et une étape importante pour son élimination en tant que territoire. Comme souvent, après la victoire, vient le temps de la reconstruction, qui elle aussi prendra beaucoup de temps et d’efforts.

Il aura fallu 9 mois de combats pour libérer la ville de trois ans d’occupation. En juin 2014, alors que le groupe djihadiste s’empare de larges parties du territoire irakien, Mossoul, la deuxième ville du pays après Bagdad, tombe à son tour entre ses mains. La ville va devenir alors, la capitale de l’État islamique.

Comme on peut l’imaginer, Mossoul est en ruine, et il est difficile de trouver un toit réellement solide. Nombre de bâtiments sont rasés, des coupoles sont percées de trous d’obus, et l’état de la célèbre mosquée al-Nouri au minaret penché est tout un symbole. Sa population, ou ce qui l’en reste, est sous l’effet de trois années de domination de l’EI, car elle a vécu de longs mois coincée au milieu des combats entre le groupe terroriste et les forces irakiennes. Cela veut dire des conditions « terribles », pénuries, bombardements et intenses combats, et en servant de « boucliers humains » à l’EI.

La joie de la victoire est courte, et elle laisse rapidement la place aux inquiétudes de l’après. Il va falloir gérer le retour d’un immense exode de la population, la reconstruction et un retour à une vie collective déchirée par les affrontements et l’occupation.

Mossoul est une ville à majorité sunnite, qui depuis la chute de Saddam Hussein s’estime lésée par les chiites au pouvoir en Irak. De l’autre côté, l’armée irakienne qui vient de libérer Mossoul est à majorité chiite, et a profité de l’appui des milices chiites iraniennes. On connaît l’antagonisme entre les deux communautés, et les chiites estiment que la population sunnite n’a pas réellement combattu les djihadistes. Il ne faut pas oublier dans tout cela, les Kurdes, qui ont largement contribué à battre les djihadistes. Ils comptent bien profiter de leur position de vainqueur pour faire valoir une vieille revendication. Gouverner la cité, qu’ils considèrent comme faisant partie du Kurdistan irakien.

La désignation d’un nouveau gouverneur sera un signe, et l’on pourrait s’orienter vers un Conseil municipal, multi-politique et multiconfessionnel.

Il a fallu faire parler la force et la puissance pour libérer la ville, il va falloir, faire parler l’intelligence et la tolérance pour la gérer, et ce ne sera pas le plus facile.

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