Le Pakistan débordé par ses islamistes

L’attentat qui a fait plus de 70 morts à Lahore a été revendiqué par une faction des talibans pakistanais. Cette organisation n’est pas du tout inconnue des autorités pakistanaises qui a entraîné, soutenu, financé, protégé et instrumentalisé différents groupes islamistes radicaux.

Pendant plus de trente ans, Islamabad a soutenu des groupes djihadistes pour satisfaire ses intérêts stratégiques. Comme souvent, ces groupes ont servi des intérêts qui les ont  largement dépassés, notamment les intérêts stratégiques pakistanais, contre l’Inde dans la région disputée du Cachemire ou en Afghanistan pour augmenter la valeur stratégique du pays. L’ISI, les puissants services secrets pakistanais, étaient au centre de ce jeu complexe, agissant sans forcément mettre au courant les gouvernements en place à Islamabad.

Au gré d’intérêts du plus en plus troubles, Islamabad s’est avéré peu fiable dans le jeu régional, offrant asile aux talibans et à Al-Qaïda par exemple, tout en poursuivant avec une vigueur variable certains groupes djihadistes.

Il semble que le jeu se retourne actuellement contre eux. Le Pakistan ne contrôle plus vraiment, et doit lutter sur son propre territoire face à des talibans pakistanais, qui revendiquent une idéologie radicale, avec imposition de la charia,  recrutement pachtoune et le recours à la violence.

L’assassinat de Benazir Bhutto, attribué aux talibans, a montré  la puissance de cette organisation qui ne cesse de multiplier les attentats suicides, les kidnappings et les assassinats. Sur le terrain, ce sont des vallées entières qui sont contrôlées par les talibans pakistanais.

Signe des temps, des opérations militaires massives ont été menées avec la coopération entre les États-Unis et les militaires pakistanais pour les en chasser. Cette coopération était au point mort depuis l’opération contre Ben Laden en 2011.

Plus de doute, donc à avoir, s’il y a encore trois ans, les États-Unis et les pays voisins du Pakistan étaient très réservés sur la volonté d’Islamabad de lutter contre ses talibans, et soupçonnaient l’ISI de continuer à manipuler en coulisses l’organisation, ce n’est plus le cas. Il va maintenant être difficile pour Islamabad de reprendre le contrôle de son territoire, surtout dans les vallées de la province de la Frontière du Nord-Ouest, difficile d’accès.

Le Pakistan, pays créé au nom et pour un islam déjà très rigoriste, découvre que l’on peut toujours trouver plus radical que soit.

Crédit photo : michel setboun

 

 

 

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