Kurt Masur : un chef d’orchestre est décédé, un héros est mort

Certains personnages débordent de leur propre rôle, et prennent une aura qui va au-delà de leur personne, et deviennent des symboles. Le chef d’orchestre Kurt Masur, qui est décédé le 19 décembre faisait partie de cette catégorie. On le savait atteint de la maladie de Parkinson, il s’est éteint à l’âge de 88 ans.

Il est né le 18 juillet, très tôt, il se destine à la musique, mais une déficience génétique qui touche les tendons de sa main droite vont l’empêcher une pratique assidue du piano et de l’orgue. À 17 ans, il est mobilisé dans l’armée allemande. Puis il va se consacrer à des études de direction d’orchestre et de composition à Leipzig. En 1948, il est répétiteur puis chef d’orchestre de petits opéras, avant de prendre tour à tour la direction du Komische Oper de Berlin, de l’Orchestre philarmonique de Dresde et enfin le Gewandhaus de Leipzig.

Avec le Gewandhaus, le maestro parcourt la planète en tout sens et donne plus de 900 concerts. Il débarque pour la première fois à New-York en tant que chef invité en 1981 et retournera une fois par an aux Etats-Unis diriger des orchestres comme ceux de Boston ou de Cleveland. Une facilité de déplacement inhabituel pour un orchestre et un chef issu du régime dictatorial en place en RDA. Tout cela, il le doit à son talent, son aura personnelle et une habile relation avec le régime, car il n’a jamais adhéré au Parti communiste.

Le 9 octobre 1989, Masur rencontre l’histoire. Un mois avant la chute du mur de Berlin, la contestation est forte partout, 70 000 personnes manifestent à Leipzig au cri de «Wir sind das Volk » (nous sommes le peuple). Les manifestants se retrouvent sur la grand-place, entourés par les chars. On craint une répression terrible. Entre la police et les manifestants, apparaît la silhouette large de Kurt Masur, il lit une adresse qu’il a coécrite avec une poignée de parlementaires, un artiste de cabaret et un prêtre, appelant au dialogue et à la retenue. Le Gewandhaus devient un lieu de débats populaires et publics. Le bain de sang qui se profiler est évité, la journée marque le tournant de la fin du régime, Honecker démissionne neuf jours plus tard et le chef Masur est un héros populaire.

Masur refusera toute carrière politique et restera chef d’orchestre. Dix ans à la tête du Gewandhaus, tout en acceptant, en 1991, le poste de directeur musical du Philharmonique de New-York. Il sera même appelé à la rescousse de L’orchestre national de France en bien mauvaise situation.

Ayant dans la vie un vrai franc-parler, derrière le pupitre, Kurt Masur était un honnête homme, proche des partitions et loin des étiquettes. Il dirigeait sans baguette, calmement le répertoire romantique et post-romantique, Brahms, Mendelssohn, Schumann et Beethoven.

Crédit photo :  Mezinarodni hudebni festival

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