Le nucléaire se donne un second souffle


La transition énergétique engagée en Europe tarde à voir le jour. La faute en incombe principalement aux responsables politiques qui ne savent sur quel axe amorcer le changement de  politique énergétique. En France, le poids des lobbies industriels et citoyens empêche un pouvoir indécis, et mal préparé, à affirmer ses positions. Après la conférence de Rio en 1992, l’Europe avait pourtant un leadership environnemental, désormais la Chine et les Etats-Unis revendiquent de meilleurs résultats et seule l’option nucléaire semble en mesure de redonner à notre continent son avance en la matière…

Le Débat National sur la Transition Energétique avait selon Francis Sorin, directeur du Pôle Information de la Société Française d’Energie Nucléaire, « permis d’exclure la perspective souhaitée par les écologistes d’un abandon du nucléaire d’ici 2050 ». Un an plus tard, c’est la ministre de l’énergie Ségolène Royal qui confirme ce constat : « Je ne pense pas que nous pourrons sortir du nucléaire », comme le souligne d’ailleurs le journal Le Monde, le développement de la filière électronucléaire avait été « un choix de l’Etat ».

En effet, les scénarios de prévision sur l’évolution climatique montrent l’urgence de la situation. Dans son dernier rapport, le GIEC souligne « la nécessité de réduire de 40% à 70% le volume des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 ».  Les experts internationaux plaident ainsi pour une stratégie de décarbonisation maximum de notre économie au nom de la survie de notre écosystème. Parallèlement, tandis que les organisations, qui se revendiquent « citoyennes », préfèrent évoquer « une alliance contre nature entre les énergies renouvelables et le nucléaire », WFF et Greenpeace alimentent la suspicion en tricotant « des partenariats douteux avec des multinationales »…

Devant cette nouvelle donne climatique, même les Etats-Unis champions du pétrole ont pris acte des nouvelles menaces qui pèsent sur notre espèce. Le 6 mai dernier, l’évaluation climatique nationale remettait à Barack Obama les treize cents pages de ses analyses qui l’enjoignent « à agir d’urgence contre le changement climatique ». Dans un même temps l’Empire du milieu, longtemps insensible aux revendications des pays occidentaux a décidé d’accélérer ses programmes pour les énergies renouvelables et le nucléaire.

Parallèlement, le nucléaire en France reste l’objet de vives controverses. Après l’affaire Areva-Uramin impliquant directement Anne Lauvergeon, c’est à la Cour des Comptes d’accabler la gestion de l’ex-patronne du groupe, aujourd’hui mutée. La juridiction financière lui reproche notamment d’avoir organisé une « concentration du pouvoir » entraînant d’importantes dérives,  qui empêchent aujourd’hui l’entreprise de « financer son développement ». Néanmoins, l’option reste attractive… Devant la commission d’enquête sur le nucléaire, le directeur de l’énergie du Ministère de l’énergie, Pierre-Marie Abadie, rappelait que même « si on doublait l’investissement, on rajouterait 10 euros donc on resterait dans les 50-60 [euros du mégawatt-heure ndlr], loin devant tout nouveau mix ».

Des estimations qui pourraient même s’améliorer puisque le cours du combustible nucléaire est en chute libre, après les spéculations d’Atomic Anne. Il y a quelques jours, Les Echos citaient Morgan Stanley et montraient que le marché spot de l’uranium, tout comme les contrats de long terme sont aujourd’hui orientés à la baisse. Principale raison avancée, « l’Autorité de régulation japonaise a en effet posé des questions complémentaires aux opérateurs, compromettant vraisemblablement un redémarrage cet été ». Cette « bonne nouvelle » pourrait bien relancer le nucléaire d’autant qu’elle n’arrive pas seule ; pour pallier les carences des installations problématiques, le premier ministre japonais, Shinzo Abe a souhaité entamer une coopération sur le projet Astrid le 5 mai dernier.

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