5 ans de loi anti-tabac : un constat mitigé

La loi d’interdiction de fumer dans les lieux publics est applicable depuis le 1er Février 2007. Un an plus tard, l’interdiction a été étendue aux restaurants, cafés, discothèques et casinos : le constat économique est amer, le constat santé est contestable, le constat opinion publique est excellent. Petit point en quelques chiffres.

Laurent Lutse, président de la fédération nationale des Cafés-Bars, Brasseries de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH), principale organisation représentative du secteur, affirme que les professionnels évaluent entre 10 à 15% la perte de chiffre d’affaire liée à l’application de la loi anti-tabac. Il ajoute : « On comptait 200 000 cafés dans les années 60, aujourd’hui il en reste un peu moins de 35.000. L’impact de l’interdiction de fumer, on l’a vu tout de suite ».

En réalité, Laurent Lutse dénonce aussi plusieurs mesures pénalisantes pour les cafés, alors que les restaurants et discothèques sont moins concernés : « En plus de l’interdiction de fumer, il y a eu l’augmentation des contrôles routiers et la loi Bachelot -le relèvement de l’interdiction de la vente d’alcool et de tabac de 16ans à 18ans-. Ce sont des facteurs qui ont contribué à faire baisser la fréquentation des cafés. »

A bien y choisir, entre la sécurité et la santé publique, et la bonne santé économique du secteur cafetiers, le Gouvernement a donc tranché.

Mais cette loi est-elle véritablement efficace contre le tabagisme passif ? Non, puisqu’il y a 64% des français qui affirment avoir été exposés dans les six derniers mois à la fumée de tabac dans un lieu public. Concernant l’exposition sur le lieu de travail, le chiffre est même encore trop élevé : 36% des sondés s’en plaignent, un chiffre en forte augmentation puisqu’ils n’étaient que 21% en 2009.

Suite à cette étude, le Comité national contre le tabagisme (CNCT) « constate qu’en dépit du soutien massif des français, les fumeurs et non-fumeurs, les infractions à cette interdiction se multiplient en France ». Un communiqué a été diffusé fin février pour réclamer la mise en place de contrôles et l’application effective des sanctions pour les établissements qui ne respectent pas la législation.

En effet, les établissements contrevenant à l’interdiction de fumer s’exposent à une contravention de 4ème classe, soit une amende de 135e, mais les contrôles sont insuffisants, donc ne permettent pas l’application des sanctions. La circulaire du ministre de la Santé Xavier Bertrand, publiée en aout dernier, et visant à renforcer les contrôles, est restée sans effet selon le CNCT.

Bien que les bilans économique et santé publique restent mitigés, l’objectif principal est atteint : l’interdiction de fumer dans les lieux publics est entrée dans les mœurs, plus personne ne s’en étonne, et fumeurs et non-fumeurs s’accordent à dire que c’est mieux ainsi.

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