La Turquie exige du régime syrien qu’il cesse la répression

Mardi 9 août, le ministre des Affaires étrangères d’Ankara s’est rendu à Damas pour un s’entretenir  avec le président syrien Bachar el-Assad la fin et obtenir la fin de la répression, qui a déjà fait plus de 2000 morts.

Une entrevue entre Ahmet Davutoglu et Bachar el-Assad qui a eu lieu alors même que l’armée syrienne entrait dans Binnich, ville proche de la frontière avec la Turquie. l’entretien entre le chef de la diplomatie turque et le président syrien a duré six heures. Supervisée par les États-Unis, la visite d’Ahmet Davutolgu a été précédée par un échange verbal musclé entre Damas et Ankara, la preuve d’une d’une dégradation notable des relations turco-syriennes.

Dimanche, Hillary Clinton a fait savoir à son homologue turc lors d’un entretien téléphonique que le président syrien devait renvoyer «immédiatement ses soldats dans leurs casernes et libère tous les prisonniers» a rapporté Mark Toner, porte-parole du département d’État. «Elle a demandé au ministre des Affaires étrangères de répercuter ses messages au président syrien», a-t-il déclaré.

Avant le départ d’Ahmet Davutoglu, l’augmentation du trafic diplomatique à Ankara a trahi l’intérêt que portaient les Américains à cette visite. Le délégué américain aux Affaires moyen-orientales, Fred Hof, se trouvait également à Ankara lundi. Selon les médias, les autorités turques ont omis de diffuser ce genre d’information, de peur qu’Ahmet Davutoglu ne soit perçu à Damas comme «l’émissaire des Américains», ce qui réduirait encore ses chances de réussite.

Le premier ministre turc avait annoncé, samedi, qu’il était à «bout de patience» face au bain de sang syrien et qu’il dépêchait son ministre des Affaires étrangères afin de transmettre «un message ferme» à Damas. Le régime syrien a aussitôt rétorqué, par le biais d’un des conseillers du président, que la «réponse serait encore plus ferme». Il s’est exécuté.  Mardi, selon l’agence officielle syrienne, Bachar el-Assad a répondu au ministre turc qu’il n’allait «pas fléchir dans la poursuite des groupes terroristes», qualificatif donné aux manifestants par le pouvoir.

Ahmet Davutoglu, acteur de la réconciliation turco-syrienne ces dernières années, et qui a déjà fait des dizaines de déplacements chez son voisin, était habitué à des relations plus chaleureuses.  Ce refroidissement appuyé des relations est révélateur de la mauvaise passe que traverse la diplomatie turque, qui repose sur  l’impératif «zéro problème» avec les voisins. Le rapprochement avec Damas constituait l’image de marque de cette stratégie chère à Ahmet Davutoglu. Elle a longtemps motivé, outre la crainte d’une guerre civile à sa porte, la modération des propos de la Turquie face à la répression en Syrie. Ankara n’a toujours pas appelé à la démission de Bachar el-Assad, alors qu’il n’avait pas hésité à réclamer les départs de Hosni Moubarak et de Mouammar Kadhafi.

Mais la violence contre les civils pousse  le gouvernement turc à radicaliser son approche diplomatique. La répression ces derniers jours dans la ville de Hama, où l’armée syrienne avait tué plus de 20.000 personnes en 1982 pour mater une révolte des Frères musulmans, fait aussi comprendre le réveil diplomatique de la Turquie . Ces massacres ne sont pas oubliés par les Turcs religieux, également sunnites. «Quelle conscience pourrait accepter, a dit Recep Tayyip Erdogan, que trente ans après, et pendant le Ramadan, cette ville blessée souffre une nouvelle fois?»

Constatant que ces tentatives sont infructueuses depuis maintenant cinq mois d’efforts constants, le gouvernement turc semble sur le point d’abandonner. «L’Ouest pourrait en arriver à voter des sanctions et nous nous rangerions à ses côtés», a également déclaré le premier ministre. En revanche, il y a peu de chances qu’Ankara prenne des mesures unilatérales. Les autorités turques ont toujours rechigné à mettre en place des sanctions commerciales contre des régimes de la région, en Irak ou en Iran par exemple, les considérant comme contre-productives.

«Le fait est que la Turquie dispose de peu de moyens de pression sur Assad», explique Sami Kohen, éditorialiste au quotidien Milliyet. Un divorce entre Ankara et Damas aurait pour conséquence d’isoler complètement la Syrie, et donc de renforcer l’emprise de Téhéran. Vendredi, Ahmet Davutoglu a confirmé qu’une cargaison d’armes iraniennes à destination de la Syrie avait été interceptée dans l’est de la Turquie.

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