L’extrême droite historique au moins unie contre Marine Le Pen

Ça a commencé ce samedi, dans le XVe arrondissement de Paris, avec une conférence pour dénoncer les « 35 ans du regroupement familial ». Pendant que les théoriciens radicaux déballent leurs thèses devant un public grisonnant, quelques jeunes sirotent des bières, accoudés au bar.

Ce week-end, l’extrême droite historique organise sa grande réunion de famille, la branche marginalisée et réprouvée. Le Front national génération Marine Le Pen n’a pas de places pour eux. Et de toutes façons, même entre eux, ils ne parviennent pas à s’entendre.

Parmi les organisateurs de cette « Synthèse nationale », on retrouve :

Les idées de l’extrême droite n’ont jamais paru autant dans l’air du temps mais ces différents partis qui représentent l’extrême droite historique périclitent et peinent à dépasser l’état groupusculaire. Le Front national semble en être l’unique bénéficiaire politique.

Un seul point commun : leur hostilité à Marine Le Pen

Les trois mouvements les plus en vue de ce week-end nationaliste, à savoir le Parti de la France, la Nouvelle droite populaire et le Mouvement national républicain, peinent à exister face au FN.

En tout et pour tout, les effectifs de ces trois formations réunies « ne totalisent pas plus de quelques centaines de militants chacun » selon Jean-Yves Camus, politologue et chercheur associé à l’Iris. « Nous ne sommes pas en mesure de représenter une alternative électorale au Front national pour le moment », reconnaît d’ailleurs Robert Spieler.

Symbole des divisions qui agitent encore l’extrême droite française : même groupusculaires et marginalisés par le Front national, ces groupes ne parviennent pas à se rassembler. Rien de surprenant à cela, selon le sociologue spécialiste de l’extrême droite Erwan Lecœur :

« L’extrême droite française est historiquement très divisée, le Front national a été une parenthèse exceptionnelle dans l’histoire de cette famille politique. »

Aujourd’hui, la seule chose qui rassemble encore ces mouvements de l’extrême droite historique, c’est leur hostilité affichée contre Marine Le Pen. Pourquoi l’union paraît-elle si difficile ? Selon Erwan Lecœur :

« Ce sont des idéologues avant tout. Ils ont beau être cinquante dans une pièce, ils sont malgré tout convaincus de détenir la vérité. Il est donc difficile pour eux de faire front commun. »

Une étiquette commune : « Non aux minarets »

« Ils parviennent à assurer une mutualisation de leurs ressources afin d’organiser des événements communs pour écouler leurs livres et leurs théories mais ça s’arrête à cela » estime Nicolas Lebourg, historien spécialiste de l’extrême droite.

Aux régionales de 2010, la Nouvelle droite populaire, le Parti de la France et le Mouvement national républicain étaient malgré tout parvenus à présenter quelques listes sous une étiquette commune (« Non aux Minarets ») mais sans réaliser de scores fracassants (2,4% en Lorraine et en Franche-Comté).

Aujourd’hui, ces trois partis envisagent de remettre ça en 2012. « Nous avons un accord électoral pour les législatives et on espère avoir un candidat commun pour les présidentielles » déclare Carl Lang. Même si l’obstacle des 500 signatures semble aujourd’hui difficilement surmontable.

Première étape avant la constitution d’un parti commun ? Carl Lang affirme qu’il n’en est pas « question pour l’instant ».

Jérôme Bourbon, directeur de publication à Rivarol, analyse :

« Des divergences confessionnelles et doctrinales continuent d’empêcher une véritable réunion de l’extrême droite historique. Il manque un fédérateur qui permettrait une réunion, il y a un vrai déficit de leadership. »

La « marque » de l’extrême droite, désormais, c’est le FN

Même réunis sous une bannière commune, ils auraient de toute manière du mal à peser électoralement puisqu’une plateforme de rassemblement de l’extrême droite existe déjà : le Front national. Clairement identifiée, c’est « la marque » pour laquelle les électeurs votent à chaque élection.

Pour sa part, le sociologue Sylvain Crépon analyse :

« L’intégration des thèses démocratiques dans l’opinion fait que les électeurs se détournent des partis trop extrémistes, si ce n’est pour exprimer une protestation. La défense de la nation est davantage associée au souvenir de la Résistance qu’à une mouvance qui a pour partie du mal à cacher sa nostalgie pour Vichy. »

Lors de la grande scission avec Bruno Mégret en 1998, malgré le fait qu’un tiers des élus et la moitié des militants aient quitté le FN, le Mouvement national républicain n’a jamais réussi à dépasser les 3,5% aux différentes élections auquel il s’est présenté.

« Autant de sens qu’un groupe maoïste à coté du PS »

Le congrès de Tours qui a consacré Marine Le Pen à la tête du Front national en janvier dernier entérine le déclin de l’extrême droite historique.

A l’intérieur comme à l’extérieur du Front, plus personne ne semble en mesure de contrarier l’hégémonie mariniste.

« A l’instar du congrès de Fiuggi en 1995 qui avait vu la liquidation de l’extrême droite italienne, celui de Tours a permis de liquider cet héritage historique en France » estime Jérôme Bourbon.

Selon l’historien Nicolas Lebourg :

« Les derniers mouvements qui la composent ont autant de sens qu’un groupe maoïste à coté du Parti socialiste. Ils ne relèvent plus que du parti de témoignage. »

Dimanche, les festivités continuent avec le congrès nationaliste organisé à Villepreux dans les Yvelines sous l’égide du Renouveau français. Un programme classique :

  • messe traditionnelle ;
  • discours supra-nationaux ;
  • dégustations de produits du terroir ;
  • jeux en plein air.

Ce groupe de jeunesse d’inspiration nationaliste et catholique à la nostalgie pétainiste revendiquée organise depuis 2008 ce rassemblement où se mêle le nec plus ultra des activistes de l’extrême droite radicale (le GUD, l’Œuvre française, mais aussi des artistes et écrivains). (Voir la vidéo du congrès nationaliste de 2008. La chanson « Jeunesse » du groupe de rock identitaire Ile de France résume bien leur état d’esprit : « A contre-courant, nous menons un combat pour rester différents ».)

 

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